‹ Poésies de Félix ArversChapitre 56 sur 60 · DECLARATION · texte numérisé non relu

DECLARATION

Jeune femme aux yeux noirs, étourdie, inconstante, Entre mille pensers indécise et flottante, Qui veux et ne veux pas, et bientôt ne sais plus ► Où prendre ni fixer tes vœux irrésolus ; Qui n'aimes point le mal, et pourtant ne peux faire Un seul pas vers le bien que ton âme préfère, Insouciante, et vas livrant chaque matin Tes projets au hasard et ta vie au destin, Sais-tu pourquoi je t'aime et quelle main cachée Retient mon âme au char (*) où tu l'as attachée, Pourquoi je me plais tant dans tes bras et ressens Quelque chose de plus que l'ivresse des sens ? C'est qu'il est, vois-tu bien, certaines destinées Par des liens secrets l'une à l'autre enchaînées ; C'est qu'il peut arriver parfois, que deux esprits

(*) Vieux style. (Note de l'auteur.)

Se soient du premier coup reconnus et compris : Une triste clarté, de longs regrets suivie, ( De ses illusions a dépouillé ma vie:

Elle a flétri ma joie, et n'a plus rien laissé Dans le fond de mon cœur profondément blessé ; Et toi, ton âme aussi, triste et désenchantée De ces prestiges vains qui l'avaient trop flattée, A reconnu leur vide et va bientôt finir Ces rêves dissipés pour ne plus revenir. C'est ce que j'aime en toi, c'est cette connaissance Des misères de l'homme et de son impuissance ; C'est ce bizarre aspect d'une femme à vingt ans Dont la raison précoce a devancé le temps, Que rien ne touche plus, et qui, jeune et jolie, Ne croit pas à l'amour et sait comme on oublie. C'est ce qui me ravit, m'enchante, et sur tes pas Me retient malgré moi, car enfin n'est-ce pas Quelque chose de neuf que de nous voir ensemble, Vieillards prématurés qu'un même esprit rassemble. Avec CCS cheveux noirs, avec ce jeune front Qui des ans destructeurs n'a pas subi l'affront, Discourir gravement des choses de la vie. Railler, d'un rire amer, ces plaisirs qu'on envie. Oublier le présent, ne pas nous souvenir Que nous sommes tout seuls et parler d'avenir ? C'est ce qui m'a frappé, moi, c'est ce caractère

Sérieux à la fois et léger, ce mystère

D'une humeur si mobile et d'un cœur si changeant,

De désirs en désirs sans cesse voltigeant.

Je t'aime si fantasque et si capricieuse ;

Bonne femme d'ailleurs, point avaricieusc.

Au contraire prodigue, et jetant sans regrets

Son or, quand elle en a, sauf à compter après.

Que dirai-je en un mot? C'est parce que je trouve

Je ne sais quoi d'étrange au plaisir que j'éprouve,

Que tu lis dans mon âme et que ton cœur m'entend ;

Qu'enfin tu n'aimes rien, que moi je t'aime tant !

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