LA RESSEMBLANCE
Sur tes riches tapis, sur ton divan qui laisse Au milieu des parfums respirer la mollesse,
Dans ce voluptueux séjour.
Où loin de tous les yeux, loin du bruit de la terre, Les voiles enlacés semblent pour un mystère
Éteindre les rayons du jour ;
Ne t'enorgueillis pas, courtisane rieuse.
Si, pour toutes tes sœurs ma bouche sérieuse
Te sourit aussi doucement, Si, pour toi seule ici, moins glacée et moins lente, Ma main sur ton sein nu s'égare, si brûlante
Qu'on me prendrait pour un amant:
Ce n'est point que mon cœur soumis à ton empire, Au charme décevant que ton regard inspire Incapable de résister.
A cet appât trompeur se soit laissé surprendre, Et ressente un-amour que tu ne peux comprendre, Ma pauvre enfant ! — ni mériter :
Non : ces rires, ces pleurs, ces baisers, ces morsures, Ce cou, ces bras meurtris d'amoureuses blessures,
Ces transports, cet œil enflammé ; Ce n'est point un aveu, ce n'est point un hommage Au moins : c'est que tes traits me rappellent l'image
D'une autre femme que j'aimai !
Elle avait ton parler, elle avait ton sourire. Cet air doux et rêveur qui ne peut se décrire
Et semble implorer un soutien :
Et — de l'illusion comprends-tu la puissance ? — On dirait que son œil, tout voilé d'innocence.
Lançait des feux comme le tien.
Allons : regarde moi de ce regard si tendre, Parle-moi, touche-moi, qu'il me semble l'entendre
Et la sentir à mes côtés !
Prolonge mon erreur : que cette voix touchante Me rende des accens si connus, et me chante
Tous les airs qu'elle m'a chantés !
Hâtons-nous, hatons-nous! Insensé, qui, d'un songe Quand le jour a chassé le rapide mensonge,
Espère cncor le ressaisir !
Qu'à mes baisers de feu ta bouche s'abandonne. Viens, que chacun de nous trompe l'autre et lui donne
Toi le bonheur, moi le plaisir !
Janvier i8yo.