ACTE IV, SCÈNE VI
ALPHOirSE.
Cette mort, ah! je dois sans doute l'ordonner; LWêt est déjà prêt. Avant de le signer, Je veux entendre Inès.
( Alvarèfl va aa fond da théâtre, et fait on signe k Inès, qui s^avanee vers Alphonse.)
iicès.
Mon crime vous offense; J'ose à peine, seigneur, présenter ma défense. Je connaissais vos lois, j'ai mérité la mort. Et je n'espère point me soustraire à mon sort. Quand je perds mon époux, que m'iinporte la vie? Mais qu'avant de mourir ma voix le justifie.
ALPHONSE
Justifier don Pèdre ! un traître , un furieux , Qui jusqu'en ce palais, d'un bras séditieux, Lève un fer criminel...!
INÈS
Lui, seigneur! sur son père!
Sur un roi généreux qu'en son ame il révère!
Avant de concevoir cet horrible dessein Il aurait d'un poignard percé son propre sein. Votre fils , aveuglé par sa tendresse extrême , N'a voulu que sauver une épouse qu'il aime ; Et moi, seigneur, je viens à vos sacrés genoux Implorer en tremblant la grâce d'un époux.
ALPHONSE
Sans l'honorable appui que vous donne Constance , Je vous aurais, Inès, interdit ma présence; Le coup iàtal sur vous allait soudain tomber ;
f88 LA REINE DE PORTUGAL.
Mais votre tête encor pourrait s'y dérober.
Je sais ^qu'à votre voix et vaincu par vos larmes ,
Maître de ce palais, l'Infant posa les armes;
Qu'Inès même voulut, dans les mains de son roi,
Malgré mon fils , rester otage de sa foi.
Mais il faut qu'à mes lois, à son devoir fidèle.
D'une vertu plus rare elle soit le modèle;
Qu'un peuple tout entier lui doive le bonheur;
Que, recueillant partout le respect et l'honneui*.
De cœurs reconnaissants Inès environnée
Délie avec noblesse un fatal hyménée.
Constance, Alphonse, Blanche, et lui-même l'Infant,
Vous devront...
INES.
Votre fils, seigneur, me le défend.
ALPHONSE
Je dois donc vous punir d'outrager la couronne , Quand tous les iieux...
INÈS
Qu'Alphonse à don Pèdre pardonne!
Seigneur, c'est votre fils , votre unique soutien : Et j'implore bien moins mon pardon que le sien.
ALPHONSE
Coupable Inès!
INÈS
Songez à ces jours dé tristesse.
Où du prince expirant succombait la jeunesse. Qui causa ce danger? vous ne l'ignorez plus; N'est-ce pas son amour, et mes premiers refus? Et quand, tremblants encor, pour nous naissait à peine