‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 125 sur 149 · DANS LA MAISON DE CHASSE · texte numérisé non relu

DANS LA MAISON DE CHASSE

Imitation d'ane fable de M. Kaiiior, poète rosae.

Ne songeant qu'aux agneaux qu'il dévore en espoir, Et rendant grâce au ciel de l'épaisseur de l'ombre Qui le dérobe aux yeux, mais l'empêche de voir, Un loup, terreur des bois, rôdait dans la nuit sombre. Mais qui peut éviter ou prévoir son destin?

Il trouve, croyant voir un toit de bergerie, Une maison de chasse. Il est entré : soudain

Tout s'éveille; on aboie, on crie.

Chasseur, valet,, dogue, mâtin.

Ce bruit, ces hurlements, ces cris de toutes sortes Sont suspects au voleur: il veut fuir, mais en vain; Et déjà les chasseurs ont assuré les portes.

Quel mouvement ! on court , on fait arme de tout : L'un saisit un bâton, l'autre prend une pierre. L'autre, un fusil: tout sert, dard, pieu, fourche; et surtout

On demande de la lumière.

On en apporte enfin. Cependant courroucé, Accroupi dans un coin, et le poil hérissé.

Roulant dans la nuit sombre une ardente prunelle , Le loup grince des dents, qu'il a soin de montrer. Gronde, hurle; on dirait qu'il va tout dévorer, Tant il a soif du sang, tant son œil étincelle!

POÉSIES DIVERSES. aSg

Mais , voyant trop enfin qu'il n*a pas devant lui Dea moutons doux et gras le peuple débonnaire^ Qu'il ne peut s'ëehapper, qu'il lui faut aujourd'hui Du sang de tant d'agneaux rendre un compte sévère ^

Il croit devoir, en cette extrémité,

User d'adresse, entamer un traité;

Et reprenant un peu de confiance, D'un ton simple et naïf en ces mots il commence :

« Pourquoi ce bruit, ces soupçons, ces apprêts?

« Connaissez-moi ; je suis votre compère :

« Je ne viens point vous déclarer la guerre : t< Je ne viens en ce lieu que pour signer la paix,

« Un bon traité, sûr autant que durable,

<c A vous , aux chiens , aux brebis profitable, a Oublions le passé. Pour moi, je vous réponds

« De ne jamais menacer vos moutons;

« Si dans' un piège on cherche à les surprendre,

a J'avertirai vos chiens et vos troupeaux;

a Je me battrai même pour les défendre.

« Que quelqu'un vienne attaquer vos agneaux !

« Je vous promets... » Et redoublant d'emphase :

a Oui, foi de loup, je jure... » — «Ecoute, ami, » Dit alors un piqueur, inteiTompant la phrase;

(f Ta robe est grise , et mes cheveux aussi :

« Des loups, crois-moi , je connais la nature;

« Avec les loups ma main , je te le jure,

« Signe la paix, dès qu'ils sont écorchés, « Surtout quand sur mon dos j'ai placé leur fourrure. » Il dit; et sur le loup tous les chiens sont lâchés.

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