‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 144 sur 149 · TRADUCTION DE L'ODE DE SAPHO · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE L'ODE DE SAPHO

L'ode anacréontique de Villëgas est en vers appelés saphiques , du nom de Sapho , qui inventa ce mètre. Je crus que la langue française pouvait produire le même effet. Mais bientôt je nae sentis dégoûté d'un travail ingrat sur Villégas. Cependant je voulus tenter sérieusement ce qu'en ce genre pourrait produire notre langue 5 et, sans me laisser décourager par le peu de succès de nos vieux poètes, et même de Turgot, qui connaissait bien la prosodie de la langue française, mais qui, ne luttant pas assez contre les difficultés du travail, a tellement hasardé, que, malgré la meilleure volonté de le suivre, on ne peut souvent reconnaître ses traces, j'ai essayé de traduire en vers métriques la première strophe de l'ode de Sapho.' Plus patient dans ce travail que mes devanciers , j'ai certainement fait sentir les syllabes longues ou brèves de la langue française, autant au moins que Villégas a pu marquer celles de la langue espagnole, presque autant que Catulle et Horace celles de la langue latine, et Sapho celles de la langue grecque. Mais, sachant bientôt reconnaître qu'en France , par la raison

VILLEGAS.

surtout que la mesure du vers saphique n est pas familière comme celle du vers héroïque, cent personnes à peine pourraient apprécier ce travail, j'ai cru devoir, indépendamment des brèves et des longues , placer à la cinquième syllabe du vers, ainsi qua sa terminaison, des repos où l'oreille doit attendre la rime; et j'avoue que, malgré ce soin , désespérant du succès, je ne me suis pas senti le courage de continuer sur l'ode entière, quoiqu'elle soit très-courte, un travail auquel se refuse le génie de notre langue.

Je vais indiquer le rhythme d'une strophe en vers saphiques. La strophe contient trois vers saphiques, et se termine par un quatrième vers , plus court , qui ne se compose que d'un dactyle et d'un 'spondée , comme dans Sapho, <^a(vo(ji.ai aTrvouç; dans Horace, Dulce loquerttem. Le vers saphique se compose ainsi :

chorée, spondée, dactyle, chorée, spondée (i).

YlLLEGAS.

Catulle.

Sapho.

F. DlDOT.

Voici la traduction en vers saphiques de la première strophe de l'ode de Sapho:

Lesbie, à mes yeux, cet amant qui respire Pour te voir, qu'enchante , animé de doux feux , Cette voix touchante, et ce tendre sourire, Est égal aux dieux.

(i) On appelle spondée ce dernier dissyllabe, et on devrait pUilôl l'appeler chorée; en effet , la dernière syllabe du vers que je cite de Sapho est brève. Voyez, au sujet de la dernière syllabe qui devient brève ou longue à volonté, soit à la fin d'un vers, soit à la fin d'une phrase en prose, ce qu^en dit Cicéron , qui mettait dans son style oratoire un soin de prosodie incon-

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Il le

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KaSS' i

Sptoç <j/u

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Tai, Tpo mé de

(xoç Se doux feux

aSa NOTE SUR LA PIECE

Tous les littérateurs savent par cœur la traduction que Boileau a faite de Iode de Sapho. Elle est entièrement composée en vers alexandrins. Barthélémy, qui voulait, dans son Voyage du jeune Anacharsis, donner une traduction de la pièce dé Sapho, trouvait avec quelque raison que notre grand vers ne convenait guère pour rendre Tefifet précis et vif du morceau. Il engagea notre poète Delille, son ami, à traduire Iode en vers plus analogues à ceux de Sapho. Mais Delille , sans relire le texte, ne fit que réduire le travail de Boileau, supprima par conséquent plusieurs détails essentiels, et de quatre strophes que Sapho avait composées, il n'en laissa plus que trois. Tai entrepris de faire avec soin et avec une fidélité rigoureuse le travail qu'aurait dû faire Delille. Ma traduction suivra du moins avec fidélité les paroles et les mouvements de la passion dans Tordre où Sapho les a exprimés.

Je vais d'abord donner l'Ode de Sapho et la traduction de Catulle. Les quatre derniers vers qui manquaient dans Catulle ont été traduits par Henri Estienne, et peut-être aussi le dernier de la seconde strophe.

cevable , pour rendre l'effet de sa phrase expressif à la fois et harmonieux. Voici comme il s'exprime sur le mot persolutas : « Dichoreus; nihil enim « ad rem, extrema illa longa sit, an brevis. Deinde, patris dictum sapiens, c< temeritas filii comprobavit. Hoc dichoreo tantus clamor conclonis exci- « tatus est, ut admirabile esset. Verborum ordinem immuta; fac sic « comprobavit filii temeritas : jam nihil erit. » Finissez la phrase par le mot temeritas, tout est perdu.

Quand nos plus habiles orateurs, nos Dupin, nos Guizot, auraient quelquefois pensé à l'effet des brèves et des longues dans notre langue peu accentuée, quel petit nombre d'auditeurs en France pourrait remarquer seulement ce qui saisissait d'une prompte et vive admiration la populace même de Rome ou d'Athènes.

DE VILLEGAS A ZEPHIRE. îà83

SÀPHO.

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