ACTE II, SCÈNE III. ac
Lui seul, s'il n'avait vu trop tôt finir ses jours, Rome , de ta fortunie eût arrêté le cours !
Sachez, comme Amilcar, user de la. victoire.
Mais avant que d'entrer aux sentiers de la gloire, Prince, il faut tout prévoir; il faut vous dévoiler Des périls que le roi n'eût pas vus sans trembler. Sachez qu'on ne peut plus vaincre la république, Si l'on ne sait d'abord vaincre sa politique ; La Grèce n'y veut voir qu'un effet du hasard; A mes yeux, c'est l'effort du génie et de l'art.
Divisant tour à tour les peuples d'Italie, Pour dompter le plus fort, Rome au faible s'allie; Elle exige toujours, quand un peuple est soumis, Des provinces, qu'elle offre à ses nouveaux amis. Et du nom d'alliés le sénat les décore :
Ceux-ci qu'il ne craint plus , dont il espère encore, 11 les attache à Rome; et nuit, par ce moyen, A ceux qu'il craint encor, sans en espérer rien. Jamais en ses traités il n'affecte l'empire : Dans un calme trompeur chaque peuple respire; Et, pensant qu'à leur gré Rome sert leurs projets, Tous, sans l'avoir prévu, se trouvent ses sujets. Attaquer ses voisins bientôt devient un crime : Rome ne souffre point qu'un autre lés opprime; Sa main les forme au joug en défendant leurs droits. Elle sait ^ évitant deux guerres à la fois , Observer tout, agir, dissimuler, attendre.
Vaincre, mais s'affermir avant que de s'étendre. Antiochus détruit, Phihppe est désarmé.
Et quand de ses progrès le monde est alarmé.
3o ANNIBAL.
Plus profonde en ses plans, à la Grèce captive Rome offrant tout-à-coup la liberté tardive, Imprime de son nom, jysques au fond du cœur, D'un coté le respect , de l'autre la terreur : Elle subjugue ainsi la Grèce qu'elle abuse.
Cependant, par la force autant que par la ruse, Les peuples , les états , les rois humiliés Tombent; et le sénat les retient à ses pieds. Ainsi Rome s'accroit des ruines du monde.
NICOMEDE
Imitons du sénat la sagesse profonde!
Il faut nous attacher par de secrets liens , Antiochus, Philippe, et les Étoliens, Et la Grèce, et Carthage.
AKN1BA.L.
Il n'est plus qu'un seul homme Digne de se liguer avec nous contre Rome, Philopœmen , guerrier qui par d'heureux exploits Du peuple qu'il régit affermissant les droits, Seul de la liberté retarde la ruine :
Mais des autres états dont le pouvoir décline Il suffit d'obtenir un «faible et prompt secours; Aux intérêts de Rome arrachés pour toujours, C'est assez qu'aucun d'eux ne s'arnie plus pour elle. Et comment pourraient-ils servir notre querelle ? La Grèce qui jadis a, d'un cœur indompté, Soustrait l'Europe au joug du Perse redouté, Arme de ses enfants la folle jalousie, Et du joug des Romains ne peut sauver l'Asie. Carthage observe Rome, et n'o^e résister j