ACTE II, SCÈNE VI
Par quels traités enfin le sënat, sous nos yeux...?
FTiAMINIUS.
Rome de ses traités ne rend compte qu'aux dieux.
iriGOMSDE.
Ainsi, de Tunivers Rome se croit Tarbitre.
PBUSIA.S.
Pour commander aux rois la force est-elle un titre?
FLAMIiriUS.
Son titre est la justice et la fidélité.
IfIGOMEDS.
Sagonte en sert d'exemple à la postérité.
PAUSIA8.
Que veut Rome? Parlez.
FLAMtNIUS.
Vous épargner encore.
Voyez Faigle voler du couchant à l'aurore ; Déjà les nations qu'assujettit Cyrus, Les peuples de ce roi qui vainquit Darius j Suivent sous notre joug l'Afrique consternée; La Grèce libre obtint , à mes pieds prosternée ^ La faveur d'obéir à ses antiques lois ; Le Nil nous a nommés les tuteurs de ses rois; Le Tage coule enfin tributaire du Tibre : , Tout peuple, il en est temps, doit, s'il veut rester libre. Tenir ses lois de Rome; il est temps qu'en tous lieux Devant son front sacré les rois baissent les yeux.
niGOMEDE.
Les rois!... Flaminius, vous outragez mon père.
PRTTSIAS.
Mon fils!
36 ANNIBAL
iriGOMEDE.
Comment souffrir Torgueil d'un consulaire Qui , pour nous effrayer vantant ses actions , Aux pieds de Rome^ aux siens, place les nations? Quel triomphe, en effet, quelle gloire est la vôtre De voir, trompés par vous , s'armant l'un contre l'autre. Les peuples et les rois forger leurs propres fers! Mais on pourrait aussi rappeler vos revers.
Quand les Grecs s'illustraient à Leuctre, à Mantinëe^ Que fesiez-vous ? Brennus tenait Rome enchaînée : Lorsque Alexandre au monde allait dicter des lois, Que fesiez-vous, Romains? quels étaient vos exploits? Vaincus par je ne sais quelles hordes latines, Vous passiez sous le joug dans les Fourches caudines.
FLAMINIUS
Sans chercher qui je fus, regardez qui je suis, Vous dit Rome; et tremblez*, voyant ce que je puis, Alexandre a prédit aux envoyés du Rhône Que Rome sur le monde établirait son trône; Ces temps sont arrivés; de toutes parts vaincus, Sous nos coups sont tombés Philippe, Antiochus, Pyrrhus, et les Gaulois...
JNTICOMEDE.
: Fabuleuses histoires !
Pyrrhus! il succomba sous ses propres victoires; Et contre les Gaulois on vous a vus lutter Non pour donner des fers, mais pour n'en point porter.
Souvent le repentir suit de près l'arrogance. Seigneur, écoutez Rome , ou craignez sa vengeance.