‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 28 sur 149 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

Abdiquer lâchement leurs droits, leur dignité, Et priver Annibal de l'hospitalité?

FLAMINIUS

Le roi voulait de Rome affronter la colère.

NICOMEDE

Quand le roi vit de près ce noble caractère,

Ce grand nom , ses périls , sa mâle fermeté ,

Il n'a pu résister à tant de majesté;

11 n'a vu qu' Annibal errant et misérable.

Grands dieux! brisez des rois le sceptre inexorable,

Eux même écrasez-les sous leur trône odieux.

S'il faut que le malheur soit un crime à leurs yeux !

FLAMINIUS

Ce noble sentiment charme un jeune courage; Mais un roi qu'a mûri l'expérience et l'âge N'ira point, s'il n'aspire à de hardis projets, Pour sauver un seul homme immoler ses sujets; C'est pour le préserver d'une haute imprudence Qu'ici je reste encor.

NIGOMEDE.

Perdez toute espérance; Que rien ne vous retienne un instant parnii nous : Le roi garde Annibal. Est-il digne de vous D'exposer au dédain la majesté romaine?

Quoi! vainqueur de Philippe, habitez- vous sans peine La cour où Rome vient d'essuyer un refus?

Quel plaisir trouvez-vous, fils de Flaminius, A revoir le guerrier vainqueur de votre père? Tout vous déplaît ici, tout vous blesse; et j'espère...

46 ANNIBAL

FLAVIHI0S.

C'est du souverain seul que j*attends mon congé. Rome, qui voit par vous Annibal protégé...

iriGOMEDE.

Craint qu*Annibal encor, guidé par la victoire...

FLAMII^IUS.

Nous tromper et nous fuir, voilà toute sa gloire !

mCOMEDE.

Vainqueur pendant seize ans, comment aurait-il fui? Nul, depuis vos revers, n'a campé devant lui. Mais, quand Rome à ses lois assujettit la terre, Lui seul, brisé par l'âge, et l'exil, et la guerre. Menace Rome encor d'un sinistre regard!

Soutenez son coup-d'œil; venez vaincre un vieillard; Sans proposer, au nom d'un sénat magnanime.

Pour nos vertus la guerre, et des prix pour un crime. Annibal...

FLA.MIiriTJS.

Le sénat ne songe guère à lui.

Mais malheur à des rois qui seraient son appui!

IVICOMEDE.

Vous voulez, et ce soin près de nous vous arrête, L'offrir vivant à Rome^ ou lui porter sa tête : Mais craignez pour la vôtre; oui, j'atteste les dieux Que, si le sort, la guerre, un complot odieux. Frappent sa tête, alors la vôtre à ma colère Répond de tout complot, du sort, et de la guerre. Vos projets criminels ne s'accompliront pas ; * Je saurai vous contraindre à quitter nos états. D'un départ différé vous nous tachez la cause.

Page 1