SCENE PREMIERE
ARBATE.
Quand les dieux ont marqué la chute d'un empire, A le faire écrouler tout à la fois conspire , £t ceux dont sa durée est l'unique intérêt Semblent hâter du ciel l'inévitable arrêt Tous les périls d'un roi que j'aime et que j'honore, En mon absence, hélas! se sont accrus encore: Qui pourra le sauver? Sur nous les yeux ouverts, Rome, dont l'espérance envahit l'univers.
Des états de mon roi médite la conquête; Et dans la Bithynie on prépare une fête !
O du peuple et du prince aveuglement fatal !
Tandis que, s'euivrant d'un succès d'Annibal,
la ANNIBAL.
Chacun fait éclater une joie insensée, Moi seul ici je songe à Rome courroucée ; Et je crois déjà voir ce palais abymé, Prusias dans les fers, et son peuple opprimé, Servir d'exemple aux rois dont l'imprudent courage Donnerait un asile au banni de Carthage.