‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 48 sur 149 · FLAMINIUS, ANNIBAL · texte numérisé non relu

FLAMINIUS, ANNIBAL

FLAMINIUS

Un vainqueur quelquefois d'un vain succès se flatte : Il peut tout, dans les camps , au milieu des soldats ; Mais, dans sa cour, un roi qui veille à ses états Doit d*un chef dangereux redouter la puissance.

AWNIBAL.

Il est las du fardeau de la reconnaissance!

FLAMINIUS

Je songe à vos destins.. Je ne vous dirai pas, Pour vous rendre suspect aux yeux de Prusias, Comme a fait Villius chez le roi de Syrie, Que Rome dans son sein vous ofTre une patrie ; Qu'elle a plus d'une fois, par d'utiles liens, Fait de ses ennemis ses premiers citoyens ; Mais Annibal , qu'on vit de nobles funérailles Honorer nos consuls morts au champ des batailles. Peut de nous , à son tour, attendre des égards ; Et Rome, qui sur vous a porté ses regards, Vous donne par ma voix un conseil salutaire.

Jouissez désormais d'un repos nécessaire.

L'univers aux Romains fut promis par les dieux;

Cessez de résister aux volontés des cieux ;

Croyez Flaminius : de' votre ame ulcérée

68 ANNIBAL

Tout doit calmer enfin la haine invétérée.

Votre exil , vos dangers , et le long cours des ans : Votre bras défendit Carthage assez long-temps , Vous-même à la sauver ne pouvez plus prétendre : Chaque homme a ses malheurs. Vous avez pu l'apprendre: Dans le fond d'un cachot Philopœmen est mort; Scipion dans l'exil vient de finir son sort : Ce guerrier rappelait, à son heure dernière.

Qu'il obtint sans rançon, grâce à votre prière, Un fils qu'Antiochus lui ravit aux combats; Et lorsqu'à Liternum il mourait dans mes bras : a Puisse au moins Annibal , exilé par l'envie , » Dit-il , a chez Prusias finir en paix sa vie ! »

AWWIBAL,à part.

Voilà quels sont les soins de Scipion mourant ! Il n'a rien dit, rien fait, rien pensé que de grand.

(ïlaot.)

C'est le seul des Romains qui, grâces à Carthage, De me vaincre une fois eut enfin l'avantage; Et c'est aussi le seul qui, respectant mon sort, Jamais ne demanda mon exil ou ma mort.

FLA.MIKIUS.

Je ne viens pas...

ANNIBAL

Si Rome en effet voit sans crainte La main qui sur vos murs a laissé son empreinte , Si ce bras est trop vieux pour la faire trembler, Pourquoi de mes destins vient-elle se mêler ?

Le sénat doit-il donc vous voir d'un œil tranquille

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