ACTE I, SCÈNE IL i
Indigné sous le poids des fers et du mépris , Le monarque suivait ses deux plus jeunes fils, Dont l'âge et l'innocence, ignorant les alarmes, Même aux cruels Romains arrachaient quelques larmes : Je sentis en secret mon cœur saisi d'effroi ; Et j'ai versé des pleurs sur le destin d'un roi.
PRUSIAS
Poursuis.
J'entre au sénat, l'ame déjà troublée.
Là , je crus voir de rois siéger une assemblée. Je m'avance, et, suivant vos ordres souverains. De leur propre allié je me plains aux Romains : Ma voix accuse Eumène; et de sa foi parjure Je retrace à leurs yeux l'insupportable injure. Tout semblait m'approu ver; mais, au nom d'Annibal, De toutes parts s'élève un murmure fatal :
« Arbate, de ce jour vous avez vu la fête, »
Dit Caton , se levant : « Quel sujet vous arrête ? Allez; si votre roi veut tenter les combats, Du destin qui l'attend instruisez Prusias. »
Cet affront m'accabla.
PRUSIAS
Va , mon ame est tranquille ; Les Romains d'Annibal respecteront l'asile.
D'un regard inquiet leur superbe sénat Le voit enfin, non plus dans son pays ingrat. Ou dans la faible cour de ce roi de Syrie, Dont l'orgueil, bravant Rome aux plaines de Carie, Ne fesait d'Annibal qu'un spectateur oisif;
r4 ANNIBAL.
Mais dans les camps d'un roi qui, prudent, ferme, actif, Voulant d'un grand pouvoir armer la Bithynie, D'Annibal à ses p^ns fait. servir le gënie.
De Pergame et dp Pont les rois m'ont insulté : L'un fut vaincp ; nOs. loia ont régi la cité Qui garde ce 4^poit dés sciences humaines Dont la docte richesse enorgueilHt Eumènes :
L'autre, plus fier encor de régner sur le Pont, Me préparait, Arbate, un étemel affront : Ce prince a combattu ; j'apprends que son armée , Surprise entrée deux monts , par nous fut enfermée ; Et bientôt à mes pieds tu le verras soumis.
Ainsi, toujours vainqueur, je vois mes ennemis Autour de moi frén^ir d'une rage impuissante; Et je signe la paix d'une main triomphante.