‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 66 sur 149 · ACTE I, SCÈNE IL i3i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL i3i

Alphonse, heureux de voir ce retour triomphant , Présente avec son sceptre une épouse à l'Infant; De l'hymen de Constance il ordonne la fête.

MARIE

Il est donc vrai !

IKÈS.

C'est là que la pompe s'apprête.

De la salle^où du trône éclate la splendeur Ce voile à tes regards cache la profondeur; Soulève-le, Marie.

MARIE

On voit une couronne, Un sceptre , un glaive ; à droite, un autel .

1 19^ È s , ti part.

Je frissonne.

C'est l'autel qui l'attend pour un hymen nouveau.

MARIE

Un trône sous un dais.

INÈS, regardant.

J'y crois voir mon tombeau !

MARIE

Votre tombeau ! Quel est cet horrible présage ?

INÈS

Puis-je, témoin forcé d'un hymen qui m'outrage,

Entendre, sans mourir, don Pèdre pour jamais

Jurer à cet autel d'abandonner Inès?

Puis-je, avec mes enfants loin dé ces lieux bannie.

D'un si cruel affront subir l'ignominie?

C'en est fait ; plus d'espoir ! Tout s'unit contre moi ,

L'intérêt de l'état, la volonté du roi,

i32 LA REINE DE PORTUGAL.

Une reiiie orgueilleuse , et cette auguste fille

Que d'un premier hymen elle eut dans la Gastille ,

Constance y au rang des rois comptant tous ses aïeux'.

Et dont le feu secret se trahit à mes yeux.

A son illustre sang^ à ses modestes charmes,

Moi , que puis-je opposer ? mon amour et mes larmes.

MARIE

Vos larmes, votre amour, votre touchante voix, L'emporteront encor sur les traites des rois. Oui, croyez-moi, l'Infant vous restera fidèle. Des plus nobles vertus n'est-il pas le modèle? Vos enfants , et leur charme , et son amour pour eux y Tout doit vous attacher un prince généreux; Est-ce un cœur fier, constant, éprouvé par la guerre. Qui peut se démentir comme une ame vulgaire?

INÈS

Non : si c'était lui seul qui réglât son destin. Mais peut-il le changer? Mon malheur est certain. Loin des murs où Coïmbre en paix m'avait cachée , Sous un titre honorable à Constance attachée , Je gémis, je succombe au poids de mes douleurs y Et l'Infant sur mon sort répand en vain des pleurs. Avant que m'accablât son absence fatale , Combien j'étais aimée! heuceuse et sans rivale, De ses soins, de ses vœux j'étais l'unique objet. Que de fois il m'a dit : Ou monarque, ou sujet. Je n'aimerai qu'Inès : Inès de ma pensée, Même par le trépas, ne peut être effacée!

Tout l'entendit , les monts , le fleuve , les forêts : Et quand il me quitta , quels furent ses regrets !

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