‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 67 sur 149 · ACTE I, SCÈNE II. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. i

La source du vallon pour lui si plein de charmes , Don Pèdre la nomma « Ija fontaine des larmes. » Jusque là 9 jouissant de nos heureux amours, Un seul moment jamais n'en vit troubler le cours. Dans ces temps fortunés, en vain de la Castille, Pour l'unir à l'Infant, Blanche appela sa fille; Llnfant sut éluder les vœux pressants du roi. Mais dans l'AlgaWe en feu , semant au loin l'effroi , L'Africain vint porter la mort et le ravage; Le Portugal trembla. Qu'aurait fait le courage D'un roi long-temps vainqueur, mais sous l'âge accablé? De Coïmbre par lui l'Infant fut rappelé ; Lisbonne à ses regards offrit alors Constance :, Hélas! d'un roi, d'un père on connaît la puissance. Llnfant revient vainqueur, et, soumis au devoir. D'un inflexible roi respectant le pouvoir, Va conduire à l'autel Constance couronnée.

MAIUE.

Un vainqueur, malgré lui, subir cet hyménée!

INÈS

Il existe un pouvoir plus grand que n'est le sien : C'est la raison d'état, devant qui ne sont rien Fils, frère, amant, époux, et qui fait souvent même Fléchir des souverains la majesté suprême.

Que dis-je? auprès du trône , un glaive en main , les lois Surveillent les amours des enfants de nos rois. cruel souvenir qui glace ma pensée!

MARIE

De quel nouveau péril êtes-vous menacée?

i34 LA REINE DE PORTUGAL.

Quand l'Infant s'éloigna de notre heureux séjour, Blanche, tu t'en souviens, m'appela dans sa cour. Il fallut obéir: que je versai de larmes!

Mais^ voulant de mon cœur dissiper les alarmes, Seule, ô de nos destins mortels trop curieux! J'osai voir ce vieillard dont l'art mystérieux , De l'obscur avenir perçant les sojnbres voiles, Lit les secrets des cieux sur le front des étoiles. Je ne l'ignore point , trop souvent mensonger. Cet art est criminel : mais, bravant tout danger, J'aborde le vieillard; une amante est crédule. «Je suis mère,D lui dis-je écartant tout scrupule, i( Que seront mes enfants ?» Lui, d'un accent fatal: «Ce qu'ils seront? dit-il: l'un, roi de Portugal, S'il fuit d'un pied prudent le sol de la Castille ; L'autre , heureuse en tout temps, sans sceptre ; mais sa fille Doit voir, assise un jour sur le trône des rois, Plus d'un royaume, Inès, obéir à ses lois.»

Du sort de mes enfants la flatteuse assurance Dans ce cœur maternel fait rentrer l'espérance; La voix de ce vieillard semble m'encourager; J'approche, et sur mon sort j'ose l'interroger. Il hésite ; et bientôt : « Inès , vous serez reine ! » Son front., ses yeux, son air, sa parole incertaine, Tout annonce son trouble; et, frémissant d'effroi: « Reine de Portugal , éloignez-vous de moi ! »

MARIE

Quel mélange effrayant de malheurs et de gloire! Mais, trop souvent...

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