‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 68 sur 149 · ACTE I, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL i

Ses yeux, plus qu'on ne peut le croire.

Ont lu dans l'avenir : rien ne peut me sauver; Les temps qu'il m'a prédits àe hâtent d'arriver.

MARIE

Oubliez ce mortel et sa voix mensongère.

INÈS

Juge si je dois craindre! Apprends qu'un roi sévère, L'inexorable Alphonse, a dicté cette loi :

a Celle qui, par son art, aura surpris la foi a Du prince dont le front doit porter la couronne, a Mourra sur l'échafaud, si le roi ne pardonne. » Lui seul peut pardonner; l'espoir m'est-il permis? Quel sera son courroux, si quelques ennemis Surprennent un secret que l'univers ignore, Et que pour toi, Marie, un voile couvre encore.

MARIE

Un voile ! J'avais cru connaître vos secrets: Daignez vous expliquer.

INÈS

Apprends ce qu'est Inès :

Mes enfants ont des droits à la publique estime; Inès est de don Pèdre épouse légitime.

MARIE

Ciel ! de vos chers enfants le retour indiscret De votre hymen encor peut trahir le secret.

Pouvais-je soupçonner en quel péril extrême Ces enfants... ?

INÈS

J'ai pensé que leur père et moi-même

i36 LA REINE DE PORTUGAL.

En les offrant au roi nous pourrions l'ëmouvoir ; Il ne me reste plus que ce rayon d'espoir.

MARIE

Rassurez- vous. Alphonse , et Constance , et la reine , Peuvent-ils donc briser le nœud qui vous enchaîne, Quand le prince à l'autel vous a donné sa main ? Qui peut vous désunir ?

INÈS

Le pontife romain; Son légat, qui, du ciel proclamant la sentence, A le droit, pour unir don Pèdré avec Constance, De rompre mon hymen , et déjà contre moi Semble être exprès de Rome envoyé près du roi.

M ARIE

L'Infant vous aime ; eh bien ! armez-vous de courage. Que votre voix , qu'au moins quelque billet l'engage A protéger Inès , à défendre ses droits ; Il n'hésitera pas.

INÈS

Ciel ! tu veux qu'à ma voix Don Pèdre en ses fureurs ose imiter son père; Lorsqu'on vit, dans le cours d'une effroyable guerre, Les femmes, les vieillards, les enfants immolés. Le prêtre, à l'autel même, et les temples brûlés. Et ce prince, égaré par la voix de deux traîtres, Arrachant des tombeaux les corps de ses ancêtres? Que par moi cet exemple à son fils soit tracé ! Cinquante ans de vertus n'ont pas même effacé De tant d'horribles maux les traces lamentables. Plutôt qu'empoisonné par mes conseils coupables

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