ACTE I, SCÈNE IL i
N'a pu même obéir aux ordres de Carthage?
Plaindra-ttil vos rever&P Lorsque Carthage en pleurs.
Des conseils d'un tel guide expiant les malheurs,
Sous le poids des impôts gémissait appauvrie,
Il se riait, dit-on , des maux de sa patrie.
Que prétend-il enfin ? quels sont ses vœux secrets?
Veut-il, le cœur touché de vos seuls intérêts,
Voir dans l'Asie au loin votre empire s'étendre ?
C'est Rome qu'il poursuit. Rome doit-elle attendre
Qu'un jour, de son pouvoir redoutable rival,
Vous alliez dans son sein reporter Annibal ?
D'un sénat prévoyant la haine déclarée,
Et d'un pieux prétexte avec art colorée,
Ose accuser en vous un prince ambitieux ,
Avide ravisseur des images des dieux,
Et va bientôt, armant les natipns voisines.
Accabler Annibal sous vos projpres ruines.
PRUSIAS
J'aime mieux, s'il le faut, périr avec éclat,
Arbate, que d'aller aux portes du sénat.
Humilier un front orné du diadème.
Tu veux que devant Rome un jour ton roi lui-même
Au rang des affranchis tombe sans dignité !
J'ai de plus grands projets. Quant à sa piété.
Crois moi, c'est l'effroi seul qui fait naître ce zèle ;
Et si de la Phrygie elle appela Cybèle,
C'est que Rome, à l'aspect d'Annibal furieux.
Ne crut pas dans ses murs avoir assez de dieux.
Rome, insolente ailleurs, ici sera modeste.
i6 ANNIBAL.
Pour moi , quand l'âge éteint la vigueur qui me reste , J'assure à mes états un puissant défenseur; Et je me plais à voir mon jeune successeur Étudier sous lui le grand art de la guerre.
ARBATE.
Ah! seigneur, par son âge et par son caractère, Nicomede indiscret, impatient, altier, N'a que trop de penchant à suivre ce guerrier : Sous ce terrible maître il $'instruit à l'empire; C'est pour Annibal seul que votre fils respire ; Il ne connaît, n'entend, et ne voit qu' Annibal. Aussi , grâce aux leçons de ce vieux général , Il désire la guerre, il l'appelle ; et peut-être Dans sa haine pour Rome il égale son maître.
Cependant cette ardeur qui l'entraîne aux combats Lui gagne par degrés l'amitié des soldats :
Il est ambitieux...
PRUSIAS
S'il était vrai , son père Ne serait plus pour lui qu'un monarque sévère; De ses vœux criminels il recevrait le prix.
Le prince vient, seigneur : je le juge à ces cris Qu'élève pour lui seul un peuple ivre de joie; Lui seul...