SCÈNE IIL
NICOMEDE, PRUSIA5, ARBATE.
PRUSIAS
Est-ce AnDibal, prince, qui vous envoie?
NICOMEDE
C'est lui, mon père; il traite avec les ennemis , Fiers avant de combattre, et maintenant soumis. Quoiqu'il fut, sans péril, maître de les détruire, Le vainqueur sous vos lois aime mieux les réduire : Il exige de l'or, des armes, des vaisseaux.
Et de nombreux guerriers qui suivront vos drapeaux; Il prend pour sûreté des forts et des otages : Pour de plus grands exploits quels fortunés présages !
PRUSIAS
Que des rois lâchement sous Rome aillent fléchir. Moi, d'un joug odieux je saurai m'affranchir.
NICOMEDE
Ah ! faites plus encore, et délivrez la terre ; Au cœur de l'Italie allons porter la guerre.
Rome depuis long-temps dans ses propres états Nous aura préparé des vivres, des soldats; Marchons : qu'avec respect le monde considère Les projets d'Annibal achevés par mon père.
T^s Romains frémiront jusque dans leurs foyers.
i8 ANNIBAL.
Que vous demande-t-il ? douze mille guerriers : Il va d'un long sommeil réveiller sa patrie, Soulever les Toscans, armer la Ligurie, Et pour combattre Rome appeler les Gaulois, Qui d'Annibal encor reconnaîtront la voix.
PRUSIAS
Quel est ton sentiment , Arbate? ta prudence Craindrait-elle...?
ARBATE.
Un sujet doit garder le silence.
Le respect me défend...
PRUSIAS
Je sais quelle est ta foi :
Parle avec liberté ; c'est Tordre de ton roi.
ÂRBATE.
Le dessein qu'on propose est grand et magnanime ; Mais on n'obtiendra pas ce concours unanime ; De ces peuples divers quel serait le lien ?
NICOMEDE
L'intérêt, des traités le plus ferme soutien.
PRUSIAS
Oui , je réunirais les forces divisées
Que Rome l'une à l'autre a toujours opposées :
Philippe, Antîochus, indignés en secret;
Les Grecs, libres de nom, esclaves en effet;
L'Etolien surtout, à qui Rome parjure
Pour prix d'un grand service a prodigué l'injure :
Et tandis qu'avec nous ces peuples et ces rois
Viendraient de leurs efforts l'accabler à la fois,