‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 80 sur 149 · ACTE II, SCENE III. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III. i

Si, l'éloignant du roi, l'infâme Léonore, Qui de cette rivale enviait la beauté , N'eût à Constance enfin rendu la liberté.

ALPHOirSE.

Voilà les maux publics, les désastres, les crimes. Que produisent des rois les feux illégitimes.

DON PEDRE.

Faut-il s'en étonner, lorsque du fils des rois L'hymen, toujours contraint, n'estjamais de son choix?

ALPHONSE

Le trône, les traités, nos sujets, la justice, Tout nous force....

DOIT PÈDRE

A mes vœux si mon père est propice.

Deux rois n'oseront point agir en ennemis; Seigneur, tout vous respecte: ayez pitié d'un fils Qui vous craint, vous implore, et dont l'ame oppressée N'ose au cœur de son père expliquer sa pensée. Si j'ai par un serment donné ma foi ?

ALPHONSE

Tremblez!

Sans les ordres du roi! qui l'a reçu? parlez: Tout coupable sur l'heure en expierait le crime. Ciel! que d'un vain serment un peuple soit victime!

DON PÈDRÉ.

Ainsi que nos sujets n'avons-nous pas nos droits? Libres dans leurs amours, seigneur...

A.LPHONSE.

Armer deux rois!

Est-ce donc pour céder à des passions vaines

i54 LA REINE DE PORTUGAL.

Que )e ciel donne aux rois les grandeurs souveraines ? C'est du bonheur public^ et non d'un fol amour, Qu'un prince à l'Étemel doit rendre compte un jour.

Pour la dernière fois entends la voix d'un père. Don Pèdre, ô mon cher fils, écoute ma prière. Mon front, déjà blanchi par quatre-vingts hivers. M'avertit que bientôt le Dieu de l'univers Doit appeler Alphonse au tribunal auguste Où tout roi doit frémir, et même le plus juste. Malheur à qui d'un père empoisonna les jours ! L'inflexible remords des siens trouble le cours. Puisses-tu, cher don Pèdre , ignorer quel supplice Sur lui du ciel vengeur fait peser la justice ! Je t'en conjure encor, mon fils , cède à mes vœux.

DON PÈDRE

Seigneur...

ALPHONSEr

Ah ! c'en est trop.

DOIT PÈDRE

Quoi ! vous voulez ?

A.LPHONSE.

Je veux Que l'hymen , assurant ce trône et ma famille, Allie au Portugal l' Aragon, la Castille.

J'ai supplié mon fils ; il ne me reste plus Qu'à dicter maintenant mes ordres absolus.

Venez près de l'autel oîi vous attend Constance, Apprendre à commander par votre obéissance.

Je le demande en père , et je l'ordonne en roi.

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