ACTE H, SCÈNE III. i6i
Deux siècles de travaux, de combats, de hauts faits. Ont à peine affermi le trône portugais , Prince; et mon père encore a vu , dans son jeune âge, Ce trône aux Castillans rendre un reste d'hommage. Notre Alphonse-le-Graûd, lui que par une loi Un peuple brave et fier nomma son premier roi ; Sanchez, qui fît aimer son règne sage et juste, Et de roi fondateur reçut le titre auguste ; Son fils, osant aux lois assujettir l'autel ; Tous trois , si d'un hymen auguste et solemnel L'appui n'eût seconde leur généreux courage, Sous des rois envieux, sous l'Africain sauvage, Ou sous un fier pontife, auraient pu succomber. Don Sanche, que du trône Innocent fit tomber, Avait blessé des rois la dignité jalouse :
Dans les rangs des sujets il choisit une épouse. Par cet hymen obscur l'état fut affaibli, Changea bientôt de maître; et, s'il fut rétabli. C'est qu'il dut, par le choix d'une illustre famille. Ma mère à FAragon , la vôtre à la Castille.
Ainsi de grands hymens seuls ont fait nos destins. Mais, prince, nous touchons à des périls certains. Quand notre nation, fière, active, éclairée.
Entre la vaste mer et les monts trop serrée.
Ne peut plus en Europe étendre son pouvoir, La Castille s'accroît, et dévore en espoir L'état cédé par elle à nos braves ancêtres, Mais d'un ceil envieux vu par ses premiers maîtres. Ecoute-moi, mon fils; le Portugal en toi Voit peut-être un héros, mais il attend un roi.
i5a LA REINE DE PORTUGAL.
Un roi doit réunir la force et la prudence.
Toi, forme pour le trône une auguste alliance: Constance, heureux trésor d'innocence et de paix, Dont la beauté....
DON PÈDRE
Seigneur....
ALPHOirSE.
Eût-elle moins d'attraits, L'amour règle-t-il donc l'hymen des rois?
DON PÈDRE
Mon père, J'ose....
ALPHONSE
D'un vain penchant poursuivre la chimère.
Pour les enfants des rois devient un attentat : Leur hymen doit fonder le repos de l'état ; Et, du salut public honorables victimes, .
Pour eux de tels hymens sont les seuls légitimes.
DON PÈDRE
De ces liens, seigneur, quels ont été les fruits? Au Portugal enfin quels biens ont-ils produits? Ce trône, fatigué de ces nœuds de famille.
Soutint, non sans fléchir, le trône de Castille; Et, dans ces grands traités, souvent le faible état Sert l'état le plus fort, impunément ingrat.
De ces liens pompeux tel est l'effet vulgaire; Loin d'assurer la paix , ils font naître la guerre. Combien de sang paya l'affront que, sans pudeur, Le roi de la Castille a versé sur ma sœur !
Que de sang pour Constance allait couler encore,