ACTE III, SCÈNE IL i
Ma bouche ne sait point trahir la vérité.
BLANCHE
Inès, est-il donc vrai qu'une sainte alliance Vous ait unie au prince ?
INÈS
Oui, reine; dans Bragance Un prélat à l'autel offrit des vœux pour nous : L'infant vint près de moi s'y placer à genoux; Il me promit sa foi , ma foi lui fut jurée.
Jules couvrit nos mains de l'étole sacrée :
a Ce qu'un prêtre du Christ, au pied du saint autel, « A lié sur la terre , est lié dans le ciel , » Dit-il : a Je vous unis; aimez-vous l'un et l'autre. » Nous fîmes ce serment.
CONSTANCE
En prononçant le votre Vous saviez quel péril...
INÈS
Je connaissais la loi.
BLANCHE
Rien ne voua arrêta? Vous auriez sans effroi Delà terre et du ciel affronté la vengeance!
Vous avez dû pâlir en regardant d'avance L'échafaud, juste prix d'un amour suborneur?
INÈS
Je n'ai vu que don Pèdre, ivre de son bonheur.
BLANCHE
Et vous avez dès lors partagé sa tendresse.
i66 LA REINE DE PORTUGAL.
iirÈs.
Reine...
COIfSTAirCE.
Depuis quel temps?
Depuis cinq ans, princesse.
BLA.NGHE.
Qui fit naître un amour que nul frein n'a dompté ? Est-ce l'ambition, l'orgueil, la volupté?
INÈS
L'orgueil, l'ambition n'alluma point ma flamme; Rien d'humain, rien d'impur n'est entré dans mon ame.
CONSTANCE, à part.
Quel supplice pour moi !
BLANCHE
Ma fille, calmez-vous :
Nous l'entendrons bientôt se vanter devant nous Qu'elle instruisit l'Infant à fuir tout artifice , A révérer les lois, son père, et la justice.
Je rinstruisis du moins , reine , à dompter son cœur. Pour venger l'innocent, si contre l'oppresseur L'objet seul qu'il chérit n'arrêtait sa colère, Malheur au criminel !
CONSTANCE
Vous frémissez, ma mère!
BLANCHE
Nous vanter, en parlant de coupables excès, La justice du prince, et la pudeur d'Inès!