‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 90 sur 149 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

GONSTAirCE.

Elle s'excuse...

liras.

Il faut m'imposer le silenoe, Si la vérité blesse, et le respect offense.

gonstauce.

Ses aveux sur mon sort, reine, vont m'ëclairer; Qu'Inès libre...

BLANCHE

Ah ! sans crainte elle peut déclarer Où don Pèdre l'aima, quand, et par quelle trame, Par quel art criminel on séduisit son ame.

L'épouse de l'Infant, sans crainte, sans détours, De don Pèdre et d'Inès vous dira les amours.

Sous les yeux de ma mère, et depuis seize années. Mes jours coulaient heureux aux rives fortunées Oîi sous le cours plus pur de ses flots incertains Le Mondego recouvre un vieux pont des Romains. Là, seul un jour, l'Infant dans le vallon tranquille. Cherchant la douce paix dont les champs sont l'asile, Me voit, veut me parler; le trouble est dans son cœur; Ses regards, d'abord fiers, se voilent de langueur; De mots confus à peine il entretient ma mère ; Son front rougit; ses yeux se fixent vers la terre. Il nous revoit bientôt; l'attrait d'un beau séjour, Nos mœurs, tout plaît au prince; il m'offrit son amour : Moi, craignant d'offenser le roi que je révère. Je n'écoutai l'Infant qu'avec un front sévère. Il m'adressait déjà les plus tristes adieux :

i63 LA REINE DE PORTUGAL.

Le désespoir^ la mort se peignent dans ses yeux ;

Et je le vois, couvert d'une pâleur soudaine^

Sur ses genoux tremblants se soutenir à peine.

Une fièvre brûlante égare sa raison :

Faible, il ne put franchir le seuil de la maison;

Elle fut son asile. Et moi, la nuit entière,

Triste , au pied de son lit, je veille avec ma mère.

Mais lorsque tout un peuple et le roi consterné

Déjà pleuraient l'Infant en sa fleur moissonné.

L'espoir renaît; ses yeux ont revu la lumière.

Et des pleurs, je l'avoue, humectaient ma paupière •

Lui faible encore, un jour sur mon bras s'appuyant^

Il m'implora d'un œil si doux, si suppliant!

Ce regard m'attendrit. Voilà par quelle trame,

Par quel art criminel je séduisis son ame.

CONSTANCE

Dieu !

BLANCHE

Je ne doute point qu'Inès ne l'ait aimé.

Mais à d'autres que vous son cœur fut-il fermé? De nouveaux feux...?

INÈS

L'Infant! sa tendresse inconstante!

n ne connut, n'aima, ne vit que son amante :

Tout son cœur fut à moi. Plein d'amour, plein d'honneur^ Tantôt , des Portugais méditant le bonheur.

Il versait dans mon sein les secrets de son ame; Tantôt, en vers divins sa voix chantait sa flamme.

CONSTANCE

Hélas !

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