LA POÉSIE
Chaste fille du ciel , divine poésie ,
Qui charmes l'existence et soutiens du génie
Les glorieux efforts , Fais naître dans mon sein ce sublime délire , Qui précède toujours, en maniant la lyre,
Tes plus nobles accords.
128 UVRL m.
Quand le divin moteur de la cause première , Du chaos ténébreux fit jaillir la lumière;
Que de rien il lit tout , Il sourit de bonheur à son œuvre immortelle , Et, prodigue de dons, sa bonté paternelle
Te répandit partout :
Sur l'immense Océan qui mine ses rivages , Sur la cîme des monts en butte aux noirs orages
Qui sillonnent les airs , Au sein de la forêt sombre et mystérieuse , Où la nature suit , terrible ou gracieuse ,
Ses caprices divers.
Au bois , dans les vallons , dans les vertes prairies , Où la jeune beauté vient de ses rêveries
Savourer les douceurs ; Sur le rocher géant , à la tête chenue , Où la chèvre sauvage apparaît suspendue ,
Broutant l'herbe et les fleurs.
ODES liï CHANSONS. 129
Et partout où le pâtre, appuyé sur un hêtre, Fait retentir l'écho de son pipeau champêtre
Aux agrestes accords ; Où des cygnes joyeux, sur un lac solitaire, Étalent , en rasant sa surface légère ,
La blancheur de leurs corps.
0 poésie! à tout tu sais prêter des charmes. Quand la vierge timide a de tendres alarmes ,
Abandonne ses sens , Qu'elle voit s'effacer l'illusion qu'elle aime , Tu restes sur ses traits et mets tout un poème
En ses yeux languissants.
D'antiques monuments, habitante assidue,
Aux créneaux d'un vieux fort tu restes suspendue
Ainsi qu'un lustre d'or ; Et quand le monument, que de loin tu domines, N'offre plus à nos yeux que de tristes ruines ,
Tu l'habites encor.
130 LivRF, ni.
Dans ces châteaux détruits , quand la pâle courrière , De ses rayons d'argent a blanchi la bruyère ,
On entend mille cris :
Despleurs, des ris, desjeux, des voix confuses d'hommes. Le peuple des lutins , des farfadets , des gnomes ,
Habite leurs débris. ||
Tantôt on voit errer, dans ces demeures sombres , De bizarres objets, de diaphanes ombres,
Qui voltigent sans fin ; Tantôt on aperçoit une image effrayante ; C'est un spectre en lambeaux ou la nonne sanglante ,
Une torche à la main !
Tu fais surtout revivre , aimable enchanteresse , Les monuments détruits de l'ancienne Grèce ,
Si fertile en héros ; D'augustes souvenirs tu marches entourée , Et tu fais tressaillir la poussière sacrée
Et de Sparte et d'Argos.
ODKS ET CHANSONS. 131
Tu suis en soupirant plus d'un naufrage illustre ; Napoléon vaincu reçoit un nouveau lustre
Du sort injurieux ; Aux débris entassés de la fière Carthage , Le vainqueur des Teutons, frappé par un orage,
S'assied plus glorieux !
Par toi, par ton pouvoir, par la voix des poètes, Lfs sages , les héros , les sublimes conquêtes ,
Triomphent de la mort.
Troie est ensevelie et sa cendre est errante ; Mais ne restât-il plus qu'une langue vivante,
On parlera d'Hector.
Oui , les divins héros , que les rois de la lyre Font sortir triomphants du ténébreux empire.
Partagent les autels.
Charlemagne , Alexandre , et César et Pompée , Napoléon , fermant l'héroïque épopée ,
Vos noms sont immortels.
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Et vous , mortels chéris du dieu de la lumière ! Poètes saints! suivez votre noble carrière;
Mais les temps ne sont plus Où des dieux bienfaisants vous étiez les oracles ; M Où la Grèce voyait s'opérer des miracles,
A la voix de Linus.
Les princes , de nos jours , entravent le génie, Et le luth opprimé ne rend pour la patrie
Que des sons impuissants.
Oui , Muses , l'on éteint cette flamme vivace , Que dérobent aux cieux , dans une noble audace ,
Tes sublimes enfants !
Toutefois, c'est en vain que dans la Sarmatie, Un tyran exila des bords de l'Ansonie
Le chantre des Amours.
Celui qui nous a peint les beautés de Corinne , S'élève glorieux sur la double colline,
Pour la honte des cours.
Divine poésie ! Oh ! quels chantres sublimes , Comme Dante, oseraient, du fond des noirs abîmes,
Te suivre dans les cieux ?
Et, sondant du destin l'ineffable mystère. Dans des hymnes divins rediraient à la terre
Tous les secrets des dieux?
Ils diraient ces concerts de vierges et d'archanges , Ce trône de lumière , où servi par des anges ,
Dieu repose immortel ; Ils diraient l'univers que son regard embrasse , Et ces mondes errants qu'il jeta dans l'espace
Pour un cours éternel.
C'est toi, mortel heureux, que le ciel prédestine , Audacieux Hugo! toi, surtout, Lamartine,
Aux doux et nobles chants.
Oh! dis-nous, dans tes vers, quel céleste génie Dispense à ton esprit ces trésors d'harmonie
Que partout tu répands.
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A toi les chants d'amour! A toi la poésie!
Oh ! verse dans nos cœurs une douce ambroisie
Digne des purs autels.
Heureux qui suit tes pas dans la même carrière, Et s'élève avec toi dans des flots de lumière ,
Loin des regards mortels !