A MÉDORA
Viens, Médora, viens voir ma vigne, Viens voir ma vigne et mon jardin , Tu verras comme au moindre signe Accourt ma chèvre ou mon lapin.
Ici, calme et mélancolique.
Méditant sur maintes leçons , J'abandonne la politique Pour rêver amour et chansons.
Fais atteler ton équipage,
Tu dois là-bas mourir d'ennui ,
Pendant qu'à Paris je voyage.
Quitte un peu ton triste réduit.
Un instant sous mon toit rustique, De ta lyre apporte les sons ; Mais surtout point de politique.
Parle d'amour et de chansons.
En suivant tout droit, sur la gauche, Tu verras un petit chemin , Où chaque soir je chevauche.
Humant la douce odeur du thym.
Souvent une âme sympathique M'apparaît entre deux buissons.
Je laisse alors la politique, Pour rêver amour et chansons.
De solitude je m'enivre , Confiant ma vie au destin , Je n'apporte ici pour tout livre Que Gentil- Bernard ou Berlin.
Oh ! vienne une vierge pudique ,
162 LIVRE m.
De l^ur art prendre des leçons !
Je laisserais la politique, Pour rêver amour et chansons.
Viens , si ta bouche est altérée , Tu prendras , à l'arbre jauni , Une prune froide et sucrée , Comme une glace à Tortoni.
Le soir, la suave musique Du rossignol et des pinsons T'endormira sans politique.
Rêvant d'amour et de chansons.
Médora, ce calme champêtre,
Selon ton goût t'inspirera ,
Moi, moins heureux, je vais peut-être
Bâiller ce soir à l'Opéra !
Oh ! puisse un courant électrique
M'apporter tes impressions !
Adieu, stérile politique,
Ne rêvons qu'amour et chansons.
Dans une extase poétique , Replions-nous sur le passé , Refaisons , d'un effort plastique , Un rêve d'amour effacé ; Rêve si doux au cœur pudique, Rajeunis quand nous vieillissons !
Distrais-nous de la politique, Et ramène amour et chansons.
Septembre 1851.