‹ Poésies de François RougetChapitre 28 sur 82 · LES OISEAUX CONVERTIS · texte numérisé non relu

LES OISEAUX CONVERTIS

Air : Vous vieillirez, 6 ma belle maîtresse.

Petits oiseaux que j'ai pris au bocage, Je vous avais rendu la liberté , Vous revenez vous mettre en esclavage , La cage est prête, entrez de ce côté.

Là, sous mon toit vous aurez nourriture Et chaud abri pour passer les hivers ; Vous chanterez, c'est dans votre nature, Bien bas, bien bas , modulez vos concerts.

158 LIVRE m.

Enfants des airs , vous franchissiez l'espace ; Vous n'aurez plus qu'un modeste horizon ; Mais si la nue ou si l'orage passe , H n'atteindra jamais votre prison.

Là, dans le calme et la philosophie, Vous vieillirez, éloignés des pervers.

La liberté, c'est la vieille utopie!

Bien bas, bien bas, modulez vos concerts.

Méfiez-vous , si quelque voix encore , Voulant troubler votre douce gaité , A vos barreaux jetait ce mot sonore.

Ce mot menteur : Peuple ou Fraternité.

Rappelez-vous qu'une imprudente course Vient d'aboutir à de poignants revers.

Puisque le fleuve a remonté sa source , Bien bas, bien bas, modulez vos concerts.

Sur votre sort , petits ! c'est moi qui veille ,

Si parmi vous j'en trouve d'évadés,

Si de vains bruits vous me rompez l'oreille ,

Vous n'aurez plus de grain ni d'échaùdés. De votre gré vous rentrez dans mes cages , Comptez sur moi , j'adoucirai vos fers.

Mais, ventrebleu! désormais soyez sages, Plus bas, plus bas, modidez vos concerts.

Eh bien! malgré ce paternel langage , ';

On dit qu'un jour, cessant tous joyeux chants ,

Plus d'un oiseau regretta, dans la cage.

L'azur du ciel, la liberté des champs !

Petits ingrats! ils maudissent peut-être

Qui les sauva d'un sinistre revers.

A leur nature il ne faut point de maître,

On n'entend plus leurs chants ni leurs concerts.

Page 1