‹ Poésies de François RougetChapitre 31 sur 82 · A ADAM BILLAUT · texte numérisé non relu

A ADAM BILLAUT

CHANSON HACIIIVUE.

Air : Aussitôt que la lainière.

Maître Adam , mon cher confrère , Je t'invite à mon festin ; Viens , repasse l'onde amère , Nous dirons un gai refrain.

Rapporte-nous cette trogne Qui défiait le soleil , Quand un quarts ut de Bourgogne Lui donnait son teint vermeil.

Ici , dans mon ermitage , A l'abri des vents jaloux , Suivant l'exemple du sage , Nous boirons comme deux trous.

C'est dans le vin que l'on puise Gaité , satire et bons mots , Que l'on nargue la sottise Et la critique des sots.

Tu n'aimais pas trop la guerre , Si j'en juge à tes écrits ; Préférant le coup de verre A tous les coups de fusils.

Que notre champ de bataille Soit couvert de pots cassés , Et qu'une vieille futaille Soit parmi les trépassés.

S'il est un plaisir au monde, Égal à celui des dieux , C'est de verser à la ronde

Ce nectar délicieux.

L'amour est une folie , Nargue de l'enfant malin !

La bonne philosophie Est au fond d'un broc de vin.

Mais , ami , le jour se lève , On t'appelle aux sombres bords ; Notre dernier broc s'achève , Tu vas rentrer chez les morts.

Proserpine va te suivre , Te guidant à ton insu ; Et Pluton , te voyant ivre , Va rire comme un bossu.

Adieu ! mais que je répare Le désordre où tu t'es mis , Et que j'allume un cigare A ton gros nez de rubis. Au revoir, cher et vieux barde , J'irai déguster tes vins

Aussitôt que la camarde M'aura rayé des humains.

Tu m'attendras au Cocyte Avec Lafare et Chaulieu , Amenant à votre suite Tous les ivrognes du lieu.

Après la reconnaissance, Bras dessous et bras dessus , Nous irons faire bombance A la barbe des élus !

.Mars 1852.

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