‹ Poésies de François RougetChapitre 44 sur 82 · CHANSONNETTE · texte numérisé non relu

CHANSONNETTE

Je suis à peine en mes seize ans , Et chaque jour on me répète :

Craignez les pièges des galants , N'écoutez propos d'amourette.

Pourtant j'ai quelque chose là.

Qui me dit : Souffre que l'on t'aime , L'amour est le bonheur suprême ; Temps perdu plus ne reviendra !

Du dieu d'amour on me fait peur, Est-il aisé de s'en défendre ?

Je cherche à prévenir mon cœur Contre un penchant, hélas! trop tendre!

Pourtant j'ai quelque chose là, Qui me dit : Souffre que l'on t'aime , L'amour est le bonheur suprême ; Temps perdu plus ne reviendra !

Mathurin me parle en secret, Sa main sur la mienne se pose , Et l'autre jour, de mon bouquet , Il me demandait une rose. Hélas ! j'ai quelque chose là , Qui me dit : Souffre que l'on t'aime , L'amour est le bonheur suprême ; Temps perdu plus ne reviendra.

Je voulais la lui refuser.

Mais , plein d'ardeur, à l'instant même , Il me la prit , et d'un baiser Couronna son audace extrême !

Depuis, plus que jamais, j'ai là Quelque chose qui dit sans cesse 11 faut aimer dans la jeunesse ; Temps perdu plus ne reviendra.

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