JEAN-FRANÇOIS
Air
Jean- François aimait, au village ,
Lise , la fille du bedeau ;
Elle était belle autant que sage,
Lui brave, honnête, autant que beau.
Ils se jurent amour fidèle !
Le ciel a reçu leur serment.
Puis, pour la guerre qui l'appelle ,
Jean rejoignit le régiment.
Bientôt, parti pour la Crimée, Ardent , robuste et beau soldat , L'image de sa bien-aimée Le soutenait dans le combat.
Pour sa vaillance et son courage , Décoré sur le champ d'honneur, Jean n'aspirait plus qu'au village.
C'était là qu'était son bonheur.
Mais la guerre, hélas! se prolonge.
Deux fois l'an terminait son cours , Doux souvenir n'est plus qu'un songe.
L'absence est funeste aux amours.
Lise attendait, mais faible amante, Elle fut lasse à mi-chemin.
Un instituteur se présente , Il obtient son cœur et sa main.
La voilà mariée et mère ,
Un bel enfant pend à son sein ;
Maître de l'école primaire, Son époux est chantre au lutrin ; Secrétaire de la mairie, Il cumule ces trois emplois.
Lise est heureuse , Lise oublie Et son serment et Jean-François.
Mais la Russie est châtiée, Et nos soldats sont de retour.
Jean , quittant l'armée alliée , Vole au berceau de son amour.
Il arrive 0 douleur extrême !
Il apprend , . . . mais il doute encor. . . . 11 voit enfin celle qu'il aime ! Ames tendres, plaignez son sort!
Il ne dit rien ; mais , morne et sombre , Sous le poids de la trahison , Jean-François se glissa dans l'ombre , Armé d'un pistolet d'arçon.
Un coup partit sous la feuillée, Qui retentit au fond des bois !
Sur l'herbe de son sang mouillée Gisait le pauvre Jean-François!
Décembre 1854.