‹ Poésies de François RougetChapitre 45 sur 82 · JEAN-FRANÇOIS · texte numérisé non relu

JEAN-FRANÇOIS

Air

Jean- François aimait, au village ,

Lise , la fille du bedeau ;

Elle était belle autant que sage,

Lui brave, honnête, autant que beau.

Ils se jurent amour fidèle !

Le ciel a reçu leur serment.

Puis, pour la guerre qui l'appelle ,

Jean rejoignit le régiment.

Bientôt, parti pour la Crimée, Ardent , robuste et beau soldat , L'image de sa bien-aimée Le soutenait dans le combat.

Pour sa vaillance et son courage , Décoré sur le champ d'honneur, Jean n'aspirait plus qu'au village.

C'était là qu'était son bonheur.

Mais la guerre, hélas! se prolonge.

Deux fois l'an terminait son cours , Doux souvenir n'est plus qu'un songe.

L'absence est funeste aux amours.

Lise attendait, mais faible amante, Elle fut lasse à mi-chemin.

Un instituteur se présente , Il obtient son cœur et sa main.

La voilà mariée et mère ,

Un bel enfant pend à son sein ;

Maître de l'école primaire, Son époux est chantre au lutrin ; Secrétaire de la mairie, Il cumule ces trois emplois.

Lise est heureuse , Lise oublie Et son serment et Jean-François.

Mais la Russie est châtiée, Et nos soldats sont de retour.

Jean , quittant l'armée alliée , Vole au berceau de son amour.

Il arrive 0 douleur extrême !

Il apprend , . . . mais il doute encor. . . . 11 voit enfin celle qu'il aime ! Ames tendres, plaignez son sort!

Il ne dit rien ; mais , morne et sombre , Sous le poids de la trahison , Jean-François se glissa dans l'ombre , Armé d'un pistolet d'arçon.

Un coup partit sous la feuillée, Qui retentit au fond des bois !

Sur l'herbe de son sang mouillée Gisait le pauvre Jean-François!

Décembre 1854.

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