A MARIA
Écoute , ô mon ange , Et suis mes leçons , Avec toi j'échange Déjà de doux sons ; Ta mémoire est sûre, Et ta voix si pure Avec moi murmure De tendres chansons.
De ma triste vie, Rayonnant flambeau !
Ma fille chérie , Ton âge est si beau , Que l'ange fidèle,
Que ton âme appelle, Couvre de son aile Ton joyeux berceau.
Enfance encor neuve, Ton cœur est sans fiel , Ton âme s'abreuve A des flots de miel ; Tu chéris ta mère ; Le cœur de ton père Est, loin du vulgaire, Ton monde et ton ciel.
Qu'ainsi ton enfance , Ruisseau de lait pur, S'écoule en l'absence De tout souffle impur.
Hélas ! à ton âge , Le moindre nuage Couvrirait d'orage Ton beau ciel d'azur.
La vie est rapide Et pleine d'erreurs , Comme un flot limpide Qu'abritent les fleurs ; Marche sous ma garde , Le ciel te regarde , Enfant ! qu'il te garde Des plaisirs trompeurs !
Aime la sagesse , Sa couronne d'or Est de la jeunesse Le plus beau trésor ; Que sa voix te guide , De peur qu'un perfide Sur ton cœur candide Ne jette un remord.
Neva pas, mon ange, Porter ton encens A l'autel de fange
Des dieux malfaisants ; Mais, sans cesse prie La Vierge Marie , Adorable amie Des jeunes enfants.
Si, malgré ton père, Hélas ! le malhenr, A sa coupe amére , Abreuvait ton cœur ; Enfant ! du courage !
Résiste à sa rage ; Après un orage Le temps est meilleur.
Juillet 1837.
A EDOUARD TURQUETY.
Poète , honneur à toi ! car ta muse angélique , Sous des voiles de deuil , vierge au regard pudique ,
A quêté pour les malheureux.
Pour toutes douleurs elle implore ,
Sa voix , sur la lyre sonore ,
Nous vient comme un écho des cieux.
Sachez , a-t-elle dit , ù riches de la terre ! Qu'en vos brillants festins toute joie est amère
Si vous n'avez la charité ,
Si la pitié , guidant votre âme ,
N'a fait rayonner une flamme
A l'âtre de la pauvreté !
Donnez à l'orphelin , au vieillard , à la veuve , A ceux qui du malheur font une rude épreuve,
A l'indigent, à l'opprimé,
A l'enfant qu'étreint la misère,
Et qui va sourire à sa mère,
Par votre aumône ranimé.
De votre charité , versez le flot limpide Partout où la misère étend sa main livide , ■ Partout où l'on souffre la faim.
En donnant aux pauvres familles , Vous sauverez l'honneur des filles Qu'on peut vendre un morceau de pain !
Car vous n'ignorez pas , riches , que la détresse Appelle sur ses pas la honte et la bassesse ; Eh bien! que votre superflu , Comme une féconde rosée , Ranime , dans l'âme épuisée , L'ardent amour de la vertu.
C'est ainsi que ta muse à la voix angélique Demande, en soupirant, à la pitié publique. Une obole pour le malheur.
Oh ! puisse cette voix si tendre , A tous les heureux faire entendre Le cri plaintif de la douleur !
Février 1837.