‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 16 sur 48 · ODE VI · texte numérisé non relu

ODE VI

a, tosty un baiser y mignarde,

Moittement mol et lascif!

Je le crain si chaut qu'il m'arde

D'un feu brazillant tout vif.

Me laissant après glacé

Comme un froid corps trépassé.

Mais comment est il possible Que ce qui me deust guérir Me fist [merveille terrible) Bruller, transir et mourir,^ Voylà : ce sont de beaux tours De ce gentil Dieu d'amours.

Plus ce mignon nous voit rire, Plus noz espoirs s'assurer,

PlttSf cruel j il nous mariire, Plus il fait noz yeux pleurer, Contre eschangeant noz accordz En mille haineux discordz.

Ha! que je crain, ma mignonne.

Qu'il ayt mes ditz entendu^ Et qu*iré ne m^en guerdonne, D'un arc roidement tendu Décochant dedans mon cueur Un trait doré de rigueur.

Mais quelle plus grand* vengeance Me sçauroit ce Dieu lancer Que cette désespérance Dont il vient recompenser Moy pauvre fidelle amanty Délices de son tourment.

Fay, si tu veux, que mon Ame, Fay que Pœil de mes espriz S aveugle parmy la flâme Qui éclere aux mieux appriz ; Je parle à toi, PaphieUy Aveugle j archer, Cyprien !

8o SONNETZ, ODES

Jusqvtan froid àt mes mouélies Fay, faj toujours, si tu veux.

De tes rouges mains crueUis Sentir les doux-aigres vœux; Fay que je sois animé En amour sans estre aymé!

Fay mon amour malheureuse, Ou me pipe (Pun tel heur Que d'une caute amoureuse Je pense avoyr la faveur.

Sans jamays mon corps au sien Acoupler (Pun doux lien.

Fay-moy servir (Pune fable Au lourd peuple médisant^ Fay que ton jeu délectable Mon cueur aille mesprisant, Sans aymer rien que les pleurs, Les souciz et les douleurs.

Fay-moy contraire à moymesme, Troublé d'un horrible effort.

Hérissé, tremblant et blesmcy Souiller mes mains de ma mort;

ET MIGNARDISES. 8l

Tirant, cruel j de mon flanc Un bouillant ruisseau de sang !

Si ne seront point ces peines Egales au dur ennuy^ Qui par traces inhumaines Me r'entraisne avecques luy, Et qui cPun faix inconstant Me va tout accravantant.

Mais quoyi faut-il telle guerre Pour un baiser émouvoyr?

Un baiser qui si doux erre Pour si doux me decevoyr, M'embâmant de mille fleurs, De mille chaudes odeurs?

Tu f égares, ma complainte; Il vaut mieux finir icy D'amour toute fiere plainte, Tout soing, tout deuil, tout soucy, Et^ pour mon ire apaiser ^ Me radoucir (Pun baiser.

8i SONNE.TZ, ODES

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