‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 17 sur 48 · ODE VII · texte numérisé non relu

ODE VII

Quand je suis absent de toy, Mon Dieu, mon Dieu, quel. esmoyl Dieu, quelle jalouze flame Mes pauvres esprit enflante l Las! je crain qu'un étranger Soudain ne fasse changer , Par sa grâce piperesse.

L'amitié de ma maistresse.

Mais j'ay bien dedans mon cœur Une trop plus grande peur :

C'est lors que ma Dryadette ^esgaye dessus l'herbette, Les plus belles fleurs pillant, Pour de son beau chef brillant En tiffer les tresselettes.

Ou près des fontainelettes, Quand elle étonne les chams De la douceur de ses chantz.

Je crains que le filz de Rhée, Brûlant de mon Admirée,

Divinement furieux, N'abandonne là ses cieux^ Usant de douce rapine Sus cette beauté divine; Ou qu'un autre Dieu puissant, Pour en estre jouissant.

Piqué de mesme entreprise.

Ne poursuive telle prise,

Ce lascif Olympien,

Adultère, monstra bien

A Europe la pucelle

D'un blond Thoreau la cautelle.

Le corps d'Iô converty

En génisse ha bien senty

Ce porte-sceptre, et la rage

Du Junonien courage.

Le riche Dieu des lieux baSj

Surpris d'un amoureux lat

Ravit bien la Deoïde

Près de sa mère timide;

Et tant dP autres Dieux qui ont

Pour Vamour changé de front.

Mais quùy? parmy les bocages

N'errent les Panes sauvages,

Tant de Satyres paillardz

84 SONNETZi ODES

Au jeu d'amour fretillardz, De Faunes tant de peuplades, La peur des Amadriades^ Qui par les bois sans cesser Vont chercher et retracer^ Errans en courses lassives, Les pas des Nimphes craintives^ Mais, las! helas! si j'estoy, Ma mignonne, auprès de toy.

Folâtrant soubz la fueillade, De quelque douce frescade, Couché tantost à Venvers Sus un lict de gazons verdz, Endormy des eaux roulantes Bruyantement doux^coulantes ; Et tantost d'un pied hatif Chassant le lièvre craintif.

Ou pipant mainte volée D'oiseaux par la gluz meslée^ Tantost dans un antre creux Ombreusement caverneux Retrepignant une dance A la gaillarde cadance Des champestres chalumeaux Pastoralement ruraux,

La teste toute mouillée D'odeurs etMilortilUe De mille fiairaru bou^aetz, Desrobez par ces bosijuetz; Pendant de toy, ma maistresse.

Prenant des baisers sans cesse, Vraymentje n'aurots allars Cest amer jaloux remors; Vraiment cette chaude fiàme N'embraierait plus mon ame; Mais parce que je ne pays.

Pour mes affairez ennaiz, Esire avec loy, ma Déesse, Mais pour autant que la presse De ces maoMctz rapporteurs, De ces fiagornardz menteurs.

Me vont bouchant toute entrée De ta si douce contrée.

Las! au moins souvienne toy, Te souvienne un peu de moy, Moy qui rien que toy n'admire.

Bons dieux! que je n'oye dire Que le volage étranger Aitfaict ce pendant changer.

Par sa grâce piperesse.

S6 SONMETZ, ODES

Uamytié de ma maistresse!

Ne la ravissez f bons Dieax^

Dans le pourpris de vos deux !

Je dy, lors que toute gaye

Sus Fherbette elle s'esgaye,

Les plus belles fleurs pillant,

Pour de son beau chef brillant

En tistre les tresselettes^

Ou près des fontainelettes,

Quand elle étonne les chams

De la douceur de ses chantz,

Ne ravissez ma mignonne

Dans vostre saincte couronne !

Je fajure de rechef ^

Par tes yeux et par ton chef,

Et par ton front, ma Déesse,

A ce que tu ne te laisse

Tromper aux tentations,

Aux flatteuses passions,

Qui gastent l'amour entière

D'une affection première.

Mais, mais^ mon Dieu, quel courroux,

Mais quel martire jaloux^

Mais^ maisy quelle frenasie

Brouillasse mafantasief

ET MIGNARaiSES, 8/

Hé! pourroy-je bien penser Qu'on voulsist recompenser Ma fermeté tant loyale D'une trayson desloyale ^

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