‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 18 sur 48 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

uand ma Nymphette jolie Tourne denrs moj ses yeux, Hors de moy ^enfuit ma v/>, De moy navré furieux.

Si une fois ma cruelle Détourne ses yeux de moy, Blessé de rage nouvelle^ Je meurs en plus dur esmoy.

Que feroy-je donc pour vivre f Quel just reboiroi'je, helasf FaudroiUil point que délivre Je me visse de ses lazf

Ce seroit le vray bruvage^ Ce seroit ma guarison; Mais je me plais davantage En cette douce prison.

SONNETZ

a plume lente, oiseusement couharde, Seicheetpoudreuseenuncoinglanguissoit; Mon front baissé resveur ^aparessoit^ Se renfrongnant aPane chère sàngearde; Ma triste voix^ d'une parole tarde, S' arraisonnant contre moy^ gemissoit, Et de mes yeux une liqueur yssoit Me flestrissant d'une couleur blafarde; Mais un beau feu ^ un beau feu pris du ciel.

Mais un beau dard, un beau dard plein de miel. Mais un beau crin, un beau crin qui me lie, M'ont desja tant eschauffé, poingt, pressé^ Que sous mes pieds gaillard fay terrassé* Toute V humeur de ma mélancolie.

Ç^O SONNETZ, ODES

Je ne veux point aux amoureux discours Ma douce plume aucunement contreindre^ Et si ne veux pàreillemtnt estreindre Outre mon gré le nœu de mes amours.

L'eau veut couler avecque un libre cours, La terre veut ses fleurs librement peindre, La vigne aussi avec l'omeau se ceindre, De sa nature entregrimpant ses tours.

Mieux que forcé croist le branchu lierre^ t'ï>R void aussi la précieuse pierrt Auprès des tavx iuirè^ ses hardi natif z^

La beauté ltut hait h fardé visage.

Le rossignol ne tontraint son rainage ; Mis vers attsti ne isontpoim abortifz,

Si d'un Horace^ ou Câtaile^ qui dore Ses yen mignàrdz d'un or deiicieux^ Si d'un Properce en vers indtiiîrieux, Si d'tm Ovide ùud'^m Orphée encore,

Si d'un Tibulle, &ù d'm Toscan ^qu'honore

ET MIGNARPISES. 9I

Tout brave esprit hautement curieux^

Si d'un Ronsard, Bellay ingénieux,^

Si d'un Baïf mes vers sont vaincus ore , Lalage aussi^ Lesbie et la Cynthie,

Corinne belle^ Euridice et Delie^

Laure, Cassandre, Olive et la, Meline , Perdent adonc de la beauté le prix^

Par celle là qu'a^dmirent tties esprit,

En deité plus que Içs Pieux dime.

L*un tout grongnard e^ id ru4e. vi^imsse^ L'autre privé d^amoure\ue faveur.

Et cettuy-cy tout glacé de froideur t Blâme d'Amour la gaye gentillesse^

L'un abesty d'ignorante pure^se, L'autre jurant brutM ^i son mal hfur.

De nos escrits veut gourmander l'honneur^ Rongeant ses doit 4e nom voyr en liesse.

Mais y en despit de leurs grondans abois ^ J'entonneray des acçentz de ma voix Le plus parfait de ta divine gloire ;

Leur sot babil quelquefoys périra.

Et maugré eux immortel volera

D'un docte Amant le nom en la mémoire.

Ce feint parler d'une voix enfantine, Qui fne blandist d'un langage mignard, Et qui d'un son foiblettement jazard Tremble et bégaye au fond de ma poitrine;

Ce riz honteux^ cette jeunette mine, Et V ondoyer d'un doux flottant regard, Quiy traversant une œillade à l'écart, M' éblouit tout d'une flame estoilline;

Et plus encor ce baiseret flattant

Qui^ chaudement par langues combattant, Remplist ma bouche en odeurs parfumée^

Me faist toucher le but de mon désir; Mais, ô trop vain et volage plaisir ^ Quand tous mes dictz se perdent en fumée !

Cent fois je baise et ton fronts et tes yeux. Ton sein, ta main, ta bouche^ ta gorgette ; Cent et cent fois te mignardant, garcette,

£T MIGNARDISES. qS

Je te rebaise et rebaise en cent lieux.

Tu m^as rendu jusqu^à là furieux

En baiseretZy qi^une fois ma bouchette

Laissa couler une âpre dentelette

Sus ton nombril {lien délicieux).

doux apast, doux apast^ si ta flame

N'eust embrazi depuis l'heure mon orne

D'un feu cruel, qui me tient enflami!

Mais tel mal -heur me donne un si grand aise

Que de pouvoyr redoubler cette braise

Je voudroy bien^ voire au lieu plus aymé!

La moite nuict sa teste couronnoit De mainte estoille au ciel resplendissante^ Et^ mollement à noz yeux blandissante.

Après la peine un doux somme amenoit;

Le gresillon aux prez rejargonnoit, Perçant, criard^ d'une voix égrissante ; Et aux forests jaunement pallissante D'un teint blafard la lune rayonnoity

Quand j'apperceus ma Nymphette descendre De son cheval pour à mon col se pendre, Me caressant d'un baiser savoureux.

94 SONNETZ, ODES

Devant le jour la nuit me mt première.

Plus chère aussi l'ombre que la lumière^ Puis qu'eC m^ha faiet si content amQ^re^x.

Quand j'apperçoy quelque traict apprQch({nt De tes beautez dans une belle dame.

Soit de Peclair de ta jumelle flame.

Ou de ton ris les plus fiers alléchant ^

Soit de ce sein deux beaux trésors cachant.

Dont le toucher le feu mesmes enflâme, Ou soit du poily blond tyran de mon ame, Soit du parler, ou bien soit de ton chant;

Soit d'un beau port, ^un maniment folâtre ^ D'un petit pied glissant que j'idolâtre.

Ou soit du moins de tes perfections^

Je suis contreint^ charmé de douce rage^

En ton honneur luy rendre quelque hommage, Sans toutesfois changer mes passions*

Si ton pouvoir^ qui mon ame domine^ Est mon appuy, et le seul fondement

Et MIGNARDISES. 95

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Dessus léqùtl mon amour fermement Se soustenànt, mire-part ne s* encline;

5/, de ta main CeUstement difint.

Tu me distrais du sentier dt tourment ; Si mon espoir, si mon contentement En mon vouloir {mon seul but) se termine ;

Si je ne peux rien faire ou désirer y Ou au plus haut de r Amour aspirer, Si premier n'est permis de toy. Madame,

Donijues pourquoy tous les jours permets-tu Que mon amour je chante et ta vertu.

Si tu ne croys en l'ardeur qui m'enflame f

Je ne voyois à Ventour de ma teste.

Passant les monts, que mille espaiz hrouillarz ;

Une Aure adonc, courante en toutes parzy

Soufloitpar l'air une noire tempeste; Onq Jupiter,, quand horrible il s'apreste

De nous lanper la fureur de ses darz,

Ne fut si fier qu^en ces esclairs épars

Qui rougissoient des montagnes la creste.

Chacun ainsi, de douleur entamé ,

Ores de peur, ores de froid pasmè.

SONNETZ, ODES

Rouloit transy dans la neige boulante; Mais cet Amour, de tous effors vainqueur^ Convertissoit au contraire, en mon cueur, Le froid en chaud, en Zepkirs la tourmente.

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ET MIGNARiJlSES. 97

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