MIGNARDISES AMOUREUSES
\uitton, ma belle maîtresse , Qttitton V oiseuse paresse Qui nous ha tins langoureux
Durant ce temps froidur eux.
Que dessoubs la glace lente
V amour estoit sommeillante.
Ne soyonplus enfermez;
Allon voir les bois ramez^
Allon cuillir des fleurettes,
Allon, sur les herbelettes,
En quelque ombrageux détour
Deviser de nostre amour;
Allon, ma beiie Maistresse,
Faire à ce primtemps caresse,
Au plus beau de ce primtemps
De mille doux passe-temps;
Et me croy que tu rCas garde De m'ouïr parler, Mignarde^ Que de nostre affection.
Que de nostre passion.
Qui d^une si douce flâme Nous chatouille et nous renflame, A quoy m*emploiray-je mieux?
Veux-tu que je cerche aux Cieux Des Astres la qninf -essence^ Dont je n^ay la congnoissançei Ce n'est pas encor à moy D'entrer en un tel émoy^ Ni d'une chose tant vaine Prendre tant soit peu de peine.
Quand j'auray les cheveux gris Et que les jeux et les riz De ma folâtre jeunesse Déplairont à ma vieillesse, Lors je seray soucieux De philosopher des Cieux^ De leur puissance, et de l'heure Qu'il conviendra que je meure; LorSy plein d'ennuiz et de soing^ Je mettray l'amour au loing.
Mais il me plaist, à cet aage^
lOO SONNETZi ODES
Plustost dedans mon courage Nourrir dix mille plaisirs, Dix mille jeunes désirs ; Sçavoir comme il faut attraire Les pucelles, comme plaire A leur esprit tendrelet^ Par maint escrit doucelet; Il me plaist^ dès mon enfance^ D^avoir entré dans la dance Des Neuf ^Filles, qui m'ont mis Au ranc de leurs-mieux appris.
Des mignardes qui m'inspirent Les plus beaux vers qui f admirent.
Quelquefois il me plaist bien^ Par ce bon père Evien^ Me lavant dans son bruvage, Charmer de mes maux la rage; Souvent entre les odeurs Des mieux flairantes senteurs Faire un chevet de fleurettes, De roses, de violettes.
Et sur ce lict doucelet Reposer mon chef mollet.
Mais c'est trop parlé, Mignarde; Ce devis trop nous retarde
ET MIGNARDISES. lOI
Didier voit le plus beau lieu Qu*onques ce beau petit Dieu Appresta pour la plaisance De sa lascive jouvance, LÀ mille petitz ventz doux, LÀ l* herbe jusqu'aux genoux, LÀ la fraîcheur des ombrages, LÀ les égarez boccagesy LÀ les ruisselets coulans D'un doux bruit retrepillans , Là les plusplaisans ramages Des gays oisillons sauvages.
Flattent de mille douceurs Des Amantz les jeunes cueurs.
Mais là sus tout me contente Une caverne béante Dans un rocher entrouvert.
Tout peint au dedans de vert.
LÀ mille sentes secrettes Séparent mille chambrettes, Si bien closes à Pentour Qu'en faveur de nôtre amour On jugeroit la Nature .
Avoir faict cette closture.
Combien, 6 bel Antre creux,
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Je te nommerais heureux^ ' Si de ma belle Admirée^ Dans qaelque coing égarée.
De toy, bel Antre sacré, Je jouïssois à mon gré!
S/\ dans ta seure cachette La tirant toute seuleUe, Tantost resuçant ses yeux D'un baiser délicieux, Tantost sa lèvre mollene.
Et sa poitrine douillette^ D'un étroict embrassement Je soulageoy mon tourment l lors ton ombre bien heureuse, Ton ombre, belle amoureuse^ Sous ce vert roc émaillé, Rustiquement entaillé^ Rendrait de plus grands oracles Et ferait plus de miracles Que ne faict le Délien Dans l'Antre Trophonien; Lors 'Nymphes et Oréades, Dryades^ Amadryades, Ventelans leurs crins épars,
Accourroient de toutes pars,
Pour mener en rond la dance Au fond de ta creuse panse, Et toutes en ton honneur.
Et en signe du bon heur Que fauroy soubz ton ombrage ReceUy bel Antre sauvage, T'orneroient des plus beaux sons De leurs divines chansons.
L'une y viendroit la main pleine De Hz et de marjoleine^ De rozeSy de romarin.
De baselic et de tin.
De violettes d^eslite^ Des fleurs de la marguerite; L'une empliroit son giron.
Cueillant de tout r environ Les tousjours-frais amaranthe Et l'herbe plus odorante, Qu'encor elle arrouseroit D'une eau, qu'elle garderoit La plus chère et précieuse Dans sa chambrette odoreuse; L'autre avecques le saffran Cueilly sus le mont Liban^ Avec la boete garnie
Des parfums de l'Arabie, Accourroit hastivement Pour te voir; et sainctement Te feroient toutes largesse Du plus beau de leur richesse.
Ainsi sois'tu désormais^ Bel Antre^ dit à jamais Donnant certaines responses Aux amoureuses semonces!
Ainsi sois^tu, bien heureux, Dict : l'Antre des amoureux!
Si donc un Amant désire Allégeance à son martyre, Et s'il veut estre certain S'il fera l'amour en vain A sa Dame trop rebelle^ Ou bien s'il doit, de la belle Amollissant la rigueur^ Quel(]uefois fléchir le cueur.
Ayant pour sa recompense Enfin d'elle jouissance.
Et qu'ainsi te vienne voir.
Bel Antre, pour en sçavoir La response véritable; Que d'une voix admirable
ET MIGNARDISES. io5
// entende dans ce lieu L'oracle de quelque Dieu, Qui luy découvre P issue De son amour j à conceue; Qui luy die comme il faut Faire embraser dPun feu chaut Les cueurs des tendres pucelles, Comme on doit ces Damoiselles Mignardement animer A gouster le jeu d'aymer.
Ainsi du soleil la rage N'aproche de ton ombrage; Ainsi sois'tu, bien heureux^ Dict : l'Antre des amoureux!
Ainsi la source argentine De ta fontaine voysine^ Courant par un cler ruisseau, Ne perde jamais son eau ; Ains toujours fraische mttrmure Baignant la gaye verdure D'un pré^ qui donne là bas A tes Nymphes mille ébas ; Ainsi ta mousse arrozée Soit d'éternelle rozée, Et le serpent venineux
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Dans ton ventre caverneux . Jamais traînant ne se glisse^ Ny son venin y vomisse; Ainsi le Clain^ tournoyant Et lentement ondoiant A ton piedy serve aux fillettes ^ A tes Nymphes mignonettes, D^ ébat y lorsque sus ton eau, Dans maint ombragé batteau.
Dessus la fresche vesprée^ Tout à Pentour de la prée En voguant, elles feront Du chanty qu'elP animeront Sus la douceur amoureuse, Resonner ta panse creuse; Ainsi puisson-nous de toy.
Mon aymé Baïf et moy.
Peindre la sainte mémoire Digne (fétetnelle gloire; Ainsi Baïf, mon mignon, Baïf, mon cher compagnon.
Puisse de l'amour nouvelle Qui jà creuse sa mouélle Dans toyy bel Antre amoureux, Avoir un présage heureux !
Désormais il ne faut craindre Qu'un autre Antre puisse atteindre Au moindre de ton honneur.
Si je gouste un si bon heur Qu'en tes destours égarée J'embrasse mon Admirée!
Non; l'Antre Meudohien Que le chœur Meonïen Jà desjà pour sien avoue Et sus tous les Antres loue, Ne pourra pas approcher Des beautez de ton rocher, Ny de ta belle vouture, Que seulement la Nature, Sans l'aide d*autres maçons, Change en cent mille façons.
Fay donq que de l'Admirée Dans quelque coing égarée * De toy, mon bel Antre heureux^ Bel Antre des amoureux, Heureusement je jouysse.
Ainsi ton nom ne périsse; Ainsi puisson-nous de toy, Mon aymé Bàif et moy, Peindre la sainte mémoire
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Digne (P éternelle gloire; Ainsi Baïf^ mon mignon, Baïfy mon cher compagnon, Puisse de H amour nouvelle Qui jà creuse ma mouelle^ Dans toy, bel Antre amoureux, Avoir un présage heureux!