‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 21 sur 48 · BAISER I · texte numérisé non relu

BAISER I

Un îiffer ma barbelette De ta main mignardelette ; .Flatemoy soubz le menton ^

Flate^ flate mon oreille,

Et sus ta bouche vermeille

En chautz baisers combaton.

Descouvre moy ta poitrine, Ta blanche gorge yvoirine, Ce beau teton rondelet; Çà, que mon col j'entortille Parmy la tresse gentille De ce beau chef blondelet.

Baise moy, baise moy! laisse, Laisse^ petite maistresse !

no SONNETZ, ODES

Ha Dieu! vien me secourir :

Ferme ce bel œil, Mignarde ; Non, ouvre-le et me regarde.

Haye ! tu me fais mourir!

Fay quelque peu la rebelle^ Puis y lascive, en colombelle, Rebayse moi sans parler^ Et y soupirant sus ma face, Tout foiblettement m'embrasse Te laissant sus moy couler.

Durant telle mignardise, Si ma main fait entreprise De te taster les genoux.

N'use de forte defence ; Ains par foiblette puissance Résiste moy sans courroux.

Fay semblant, friandelette, Ne pouvoir ta parolette De tes poumons arracher, A celle fin que je puisse Ta glissante ferme cuisse De ma pronte main toucher.

Si plus avant je te presse, Ne me repousse f Maistresse^ D'une félonne rigueur ; ' Laisson ce despit courage A la trop cruelle rage Des tygres plains de fureur,

Passon ainsi en délices

Noz jeunelettes blandices ;

Uson de nostre plaisir :

Que sçavon^nous, ma Mignonney

Si la mort, qui tout moissonne,

Nous viendra demain saisir!

Quand la favorable nue De la nuit cache la vue De ce soleil envieux^ Et qu'entre tes braz j'essaye Nu à nu guérir la playe Que je reçoy de tes yeux ;

Et quand plus la nuit te presse Qui te fait languir, Maistresse, Dessoubz un demy sommeil.

Et que tendrement je baise,

i 12 SONNETZ, ODES

f arrose et suce la braise De ton coralin vermeil ;

Alors tout mon corps s*alonge^ Et un pront désir me plonge En mille pensers divers, Tost me panchant sus ta face, Tost sus ton corps que f embrasse y Tost me voltant à F envers;

Tost mignardant tout folâtre Ce flanc rebondi d^ albâtre, Cette cuisse^ ce beau sein.

Cette molle lévrelette.

Cet œily cette mamelette, Ce poil, ce front, cette main ;

Tost regardant ta minette Honteusement douce lette.

Ton soubzrire doux-tremblant, Ta coiffure à Favantage, Ta carrure^ ton corsage Qui me va le cueur emblant;

Tost fappellant ma Déesse^

ET MIGNARDISES. I li

Mes délices j ma liesse^ Mon tout, mon bien, mon désir ^ Mon paradis, ma fleurette, Mon bâme, mon amourette, Mon doux sucre, mon plaisir,

Ma jazarde, ma mignarde,

Trepillarde, fretillarde.

Mon âme, mon cueur, mon mieux,

Toute belle, colombelle.

Passerelle, tourterelle^

Ma perle, mon riz^ mes yeux,

Ma Nimphette, Driadette, Ma doucette, ma garcette.

Mon teton, mon nombrillet^ Ma mignonne^ ma belonne, Mon doux myrthe, ma couronne y Mon petit tendron douillet.

Tout ce qui donne courage En cet amoureux passage, Soyt de faict ou de parler, Par moy mignard ne s'oublie,

,1^ SQNNETZ, ODES

Quand la douceur qui nous lie Nous fait ainsi recoler,

N^eS tu donques bien heureuse^ En cette guerre amoureuse, D'avoyr si folâtre amy, Qui mesme ta nuit ne soufre Qu'un pesant sommeil l'çngoufre Aux doux cômbaz endormi?

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