SONNET2, ODES
Que cette douce fraîcheur Du matin sans nous se passe ^ Et que la chaleur n'efface Le plus beau de ton vermeil, Par le hâle du soleil.
Haston nous donq^ mignonnette, Haston nous, mon amourette; Traverson vite ces champs.
N'ois tu des oyseaux les chantz Et leur decliquante noyse Qui si doucement degoyse?
le mignard ventelet.
Doucettement froidelet !
Asséons nouSf mignonnette, Sus cette herbe verdelette^ Auprès du cours de cette eau Qui gargouille en ce ruisseau.
Tien, tien ce luc^ ma mignonne^ Etj le touchant^ contretonne, De ta ravissante voix, Les oisillons de ce bois.
Voy comment sus nostre teste Jà le rossignol s^appreste^ Attiré par ce doux son^ D'acorder à ta chanson.
Cesse, cessCy mignonnettey Et voy cette bergerette Qui, sans nous penser icy.
Plaint son amoureux soucy.
Regarde comme elle assine Son amy soubz Vaubépine ; Voy comment, d'un bras mignard, Lassivement fretillard.
Par naturelle allégresse.
Son mignon elle caresse ; Voy d^autre part ce garçon Qui, d'une gaye façon, Accoste la patourelle, Et comme, entre la mamelle De son blanc folâtre sein.
Il fait écouler sa main.
La mignarde^ qui se joue^ Luy donne dessus la joue Tout doucement un revers, Puys de ses rians yeux verds, v Toute raigearde, elle aguigne^ Et^ grimpant ( comme une vigne Sus F ormeau son compagnon ) , Luy darde un baiser mignon.
Le galand prent hardiesse
124 SONNETZ, ODES
De luy donner sus la fesse^
Tâtonnant ce cuyr poli
De son albâtre joli.
Elle se fasche, il l'apaise;
Elle mord^ il la rebaise;
La friande clost les yeux;
Le gars saute tout joyeux,
Cueillant sus la bergerette
Le fruict de son amourette.
Vrayment Hz nous monstrent bien
Le chemin de nostre bien.
Viens donques^ Maistresse, aproche
A 4' abri de cette roche.
Et par un tel doux plaisir
Etanchons nostre désir.
Mais vrayment^ ma mignonnette^
Mais vraymenty mon amourette^
Il nous faut bien de nos fleurs
Recueillir d* autres douceurs.