BAISER VI
Va, je ne demande pas T avoir nue entre mes braz ;
Va, folle, je ne souhete Toute nuict dans ta couchette, Par un trop glouton désir, Me soûler de mon plaisir^ Quelque mal^apris rustique En cette douce pratique^ Et qui ne sçait pas goûter Ce qui doibt plus contenter En r amoureuse plaisance, En prenne en telle abondance Qu'au matin un contrecueur Luy engrossisse le cueur; Mais toy^ ma Nymphette gaye^ Je veuXy belle, qu'on me paye.
Je veux que d'un doux baiser Mon mal on vienne apaiser ; Et plustost que toute nue.
Viens fen proprement vestue^ Afin que Vacoutrement, Par un doux empêchement^ M'éguillonne le courage A mignarder d'avantage Et folâtrement toucher Ce qu'il voudroit plus cacher.
moy heureux! que j'ay d'aise
126 SONNETZ, ODES
Quand ma mignonne je baise^ Faisant dedans son doux sein A demy couler ma main, Quand une toile argentine Couvrant sa blanche poitrine.
Que je voy pousser souvent Par le soupir d'un doux vent; Ou quand un mignard ouvrage.
Fait à jour d'un gent fueillage.
Fermant^ mon doux envieux^ Ce beau sein délicieux, M'empesche que je ne touche.
De mes doigs ou de ma bouche, Ainsy que je voudroy bien, Ce beau marbre Parien; Et quand aussy sa main douce Foiblettement me repousse^ Et serre, en ce doux tourment^ Mes doigt tendrelettement ; Mais qui quelquefois endure Que je fasse une ouverture, Glissant^ parmy son colet, Jusqu'au tetin durelet.
moy heureux^ que j'ay d'aise!
Quand le tastant je te baise^
Et que d'un sucré baiser
Tu viens mon mal apaiser '
Encores je te demande
Ce mol baiser, ma friande,
Tel que ta blanche palleur
En prenne un peu de couleur.
Ainsi, dans ces mignardises,
On doibt user de feintises,
Tost son amy rebaisant^
Puis soudain le refusant De ce que plus il désire Pour alléger son martyre^ Afirk qu'un plus grand désir Fasse plus grand le plaisir De cela qui d'avantage Poingt d'amour la douce rage.
Ainsi je me plais bien fort Quand, par un mignard effort, Je mords^ je baise^ j'accole Quelque doucelette foie, Qu'elle, embrazant mon doux feu, Me fasse acheter un peu Ce qui n'auroit point de grâce Accordé de prime face , Mais qui, nié f tintement.
T28 SONNETZ, ODES
Se prend bien plus doucement.
Je veux bien que sa main blanche, Passant nue sus ma hanche ^ Et folâtrant dans mon sein Aussi nu comme sa main, Me chatouille, me pincette. Et que la gaye folette Ne me veuille point laisser En repos sans r embrasser, Estroittement enlassée D'une acolade pressée, Sans l'embrasser gayement D'un estroit enlacement.
Si dessoubz la cottelette De la belle Nymphelette, Par un larrecin mignard^ Je me cachoy fretillard , En sorte que tout folâtre J'y merquasse son albâtre , Je la voudroy bien voir lors {Ses yeux flottant demi-mortz)^ Perdant toute contenance, D'une douce remonstrance Me reprendre d'estrc tant Lassif en la mignottant.
KT MIGNAUDrSns. I2Q
Ainsi me plaist la pucelU,
Non pas lourdement rebelle ^
Non cruelle sans mercy.
Non pas trop facile aussy;
Mais qui^ simplement doucette.
Mais qui, doucement simplette.
Couvre sa lassiveté
Dhine chaste honnesteté.
Ainsi beaucoup plus je prise
De se fondre en mignardise y
S^entreperdans tour à tour
Dans les douceurs de ramour,
Qu'embrasser toute nuictée
D^une amoureuse éhontée A cueur soûl les membres nuz.
Car, fust'ce une autre Venus, Fust'Ce Hélène, ou fust la belle Baïfienne pucelle, En ce faisant tout soudain^ On la tiendroit à desdain.
Voyre V amour la plus forte.
Se traitant de telle sorte.
Au lieu de s*en voir épris, Se tourner oit à mépris Çà donq, ma Nymphette gaye,
l3o SONNETZ, ODES ET MIGNARDISES.
Çà donq, btlU, qu'on me paye ; ça, çà, que d'un doux baiser Mon mal on vienne apaiser, Et plus'tost que toute nue Viens-fen proprement vêtue , Afin que l'acoutrement, Par un doux empeschemeht^ M'éguillonne le courage A mignarder davantage, Et folâtrement toucher Ce qu'il voudroyt plus cacher.
SONNETZ
u pourras bien choisir un serviteur Ayant en main de plus grandes richesses, Tout semé d'or, de gemmeuses largesses, Superbe et fier d^un hazardeux bonheur; Voire tenant des destins la faveur.
Trop mieux instruit en frivoles adresses, Plus courtisan à farder ses caresses Et ses propos masquez de fausse ardeur.
Mais entre mille, et mille^ et mille, et mille, Tu n'en pourras trouver un moins fragile Ne qui f admire ausi fidellement.
Ou qui au lict lassivement folâtre, Suçant, baisant ta rose et ton albâtre.
Taille embrassant autant mignardement.
l32 SONNETZ, ODES
Ceux qui des Roys^ par faictz chevaleureux^ Reçoivent V Ordre en signe de proesse , N^ont un colier si brave que la lesse Qui plaisamment m'enchesne langoureux y
Lesse vrayment que ces doys amoureux, Ces doys rosins de ma belle maistresse^ If une royale et prodigue allégresse , Ont mis autour de mon col trop heureux.
Une faveur pend à cette chaînette , Faveur tissue en riche escarcelette Portant mon nom entrelacé du sien ;
Portant aussi d'eternelte origine
Une amytié; mais dedans ma poitrine, Trop mieux étreinte je porte ce lien.
Quand je tressauz aux accords de ton pouce Pinçant les nerfz d'un beau lue ivorin, Qui au glisser d'un fredon argentin Par mon oreille écoulant me détrousse;
Quand je m'embasme en ceste aleine douce y Qui par soupirs m^entonne un vent sucrin ,
Et quant au goust (Tan baiser nectarin D'un dard poignant je reçoy la secousse;
Puis quand je voy^ f embrassant doucement, Ton corps ployant dessoubz moy lentement y Ton œil mourant d'une œillade baissée^
Quel heur alors, quel heur dont je jouy, Quand^ dans ton sein (miracle) esvanouy^ Je ressuscite une ame trespassée !