DES VICES ET MEURS CORROMPUES DE NOSTRE AGE
! alheureux le siècle oà nous sommes Bien qt^ un chacun heureux le crie^ Puis que dans la race des hommes
Toute vertu s'en va périe!
Puis qu^un chacun ne fait plus rien
Qu'inventer des vices nouveaux,
Et puis qu'un abisme de maux
Fait quitter la place à tout bien !
Et puis que l'on voit la jeunesse^ Plus qu'el' ne fut onques mal née,
Languir dessoubz une paresse
Trop lâchement efféminée!
Puys qu'on voyt mesmes les plus vieux ,
SONNETZ, ODES ET MIGNARDISES. l63
Sans avoyr honte de leurs ans, Servir aux femmes de plaisans , Plus que les jeunes vicieux!
Où est aujourd'huy la vaillance , Ou est maintenant le courage, Qui foudroyait en la jouvance Du jeune vainqueur de Carthage?
Cest mieux aujourd'huy nostre cas Ifestre mollement amoureux; Mais, pour estre tant valeureux, Nous sommes par trop delicatt:
L'un s'excuse dessus la peine Alors qu'il faut vestir les armes , Cettui'cy, pris de crainte vaine.
Tremble au moindre bruit des alarmes ; L'autre^ de la terre venu.
Ayant tout terrestre le corps.
Est tousjours après ses trésors Et dans ses terres retenu.
S'il faut faire l'expérience Des dictz d'une sainte doctrine , Ou bien avoyr la congnoissancc
l66 SONNETZ, ODES
De nostre parole divine, Tout cela nous est déplaisant; Ou nous disons tous d'une voix Que ces trop rigoreuses loix Nous chargent d'un fais trop pesant.
Ou bien que l'homme est trop fragile Et ha l'humanité trop grande Pour faire ce que l'Evangile Tant étroittement luy commande.
Ainsi soubz noz piedz abattu Nous voyons mourir tout bon- heur ^ Et, cuidans sauver nostre honneur, Nous faisons de vice vertu.
Aujourd^huy toutes choses bonnes Meurent, et pas un ne se treuve Vivant en toutes les personnes Qui soyt bon amy à l'épreuve ; C^est à qui mieux déguisera Son parler faussement menteur, Et qui d'un visage flatteur Son compaignon retrompera ,
S'il faut besongner de la plume ,
Nous ne brouillons plus que des songes , Tant est desjà nostre coustume Abruvée en foies mensonges; Brief, ce r^est rien que vanité Des beaux actes que nous faisons.
Et des propos que nous disons Ce n'est rien moins que vérité.
J'ay quelquefoySy en ma jeunesse ^ Passé par laflâme amoureuse^ Flatté des yeux d'une maistresse^ Qui dans sa prison langoureuse M'esclavoit d'un aveugle soin; Mon papier^ remply de mes criz Et de mes plus mignardz écrit, N'en sera que trop bon tesmoin.
Mais je voy bien que cette rage N'est tousjours en la fantaisie.
Raclant desjà de mon courage Cette trop douce frénésie.
Ainsi, guidant plus sagement Les dons que j'espère des Dieux, Bientost je puisse faire mieuxy Pour contenter ton jugement.
Àilors famaj bonne asseurance Que les dota tréo^aax de ma Muse Vivront, quand desjà nostre France En ces erreurs ne la refuse; Et brs, mon Dewin^ je diray Plus hâta les rices de nos ans, A tes verttu les opposans.
Tes vertus que je publiray.
SONNET Cil