‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 35 sur 48 · QUI AVOYT MEDIT DE SON ADMIREE · texte numérisé non relu

QUI AVOYT MEDIT DE SON ADMIREE

e nUstpas la première foy s, \Masîine^ que par tes aboys Tu as souillé la renommée

De ma Mignonne plus aimée.

Ce n'est pas la première aussi

Que, d'un soing paillard et transi^

Réchauffant ta bourbe puante

lyunguentz et d*ulceres coulante.

Tu as voulu me pourchasser,

Mâtine, pour te putasser.

Est-ce pour autant qu'en arrière

J'ay mis ta trop sale prière,

Pour autant que je n'ay voulu

Soûler ton appétit goulu,

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Me meslant avec ta charongne, Que tu mesdis de ma Mignonne ?

Osas-tu bien, vieille putain^ Vouloyr le pourri de ton sein Joindre avec la délicatesse De ma fleurissante jeunesse ?

Osas-^u bien te hazarder^ Putain^ de me vouloir darder Le fiel de ta bouche baveuse^ Après Valeine savoureuse De celle là qui jusqu'au cueur M'ensucre etpaist de sa liqueur?

Dy, vieille paillarde effrontée, Djy vieille chancreuse edentée.

Osas 'tu seulement penser Pourtoyde me faire laisser, Pour ta débordée infamie.

Le chaste embrasser de m* amie ?

Tantost je me transporteroy Pour une vieille comme toy, Maquerelle tant deshonneste, Pour une horrible et laide beste, Pour un tel vieil haillon souillard, Dont un baiser le plus mignard Et la plus gentille caresse,

ET MIGNARDISES. l55

Cesty quand bouche à bouche on la presse,

EV fait distiller un morveau

Qui sent son parfum de bordeau,

Qu'à peine retins^je mon ame

{Putain Napleusement infâme),

Quand tu m'accolas en trayson,

De s'envoler de sa prison.

Tant seulement la souvenance

De ta putaciere excellance^

Craignant encor un tel émoy^

Or* me fait presque issir de moy.

Et puis cette vieille sorcière,

S' enfournant dans quelque perriere,

Ou cherchant loing de la clarté

Quelque vieil gibet écarté,

Et arrachant, l'orde.bourrelle,

Ongles j crins, yeux, gresse et cervelle

Des noirs pendus les plus infectz.

Horreur et honte des forfaictz ;

Puis tantost en bas descendue,

Se gressant d'unguentz toute nue

Et dressant un œil furieux

Contre les étoilles des deux,

Et, d'une fureur redoublée

Dans sa foie teste troublée.

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Jectani épouvantabUment En Vaer maint grondant hurlement.

Toute écrinée elle exorcise^ Conjure et anathematise.

En hautz siftements et en cris.

Tous les noirs jour- fuy ans espriz.

Puis sans cesse elle brouHUy pile, Elle pressure, elle distile Ne sçay quels justz empoisonnez Tous de charmes environnez ; Et par cela cette meschante.

Cette horreur du monde, se vante y Aveuglant mes sens et mes yeux, Me rendre d'elle furieux.

Mais cette chienne furieuse, Tigresse, enragée, envieuse, Ores voyant que ses desseins En mon endroit se trouvent vains ^ Elle ha son recours à mesdire De la Mignarde que j'admire , Que j'admire et admireray^ Que saintement je vanteray, Tandis que ma poitrine molle Pourra soufler une parole, Tandis qu'un petit souvenir

De moy me pourra retenir.

Et deusses-tu crever de rage y Parangon de macquerelage !

Va donq^ et purgeant le malfait De ton misérable forfait^ Expiant Fexecrable vice De ta sacrilège malice, Attache à ton col ce cordeau.

Voicy PYambique bourreau Quijà f apporte la vengeance De ta malheureuse mechance !

A JOA. DU BELLAY

es neuf bien aprises pucelles, Je dy ces belles^ qui du son De leurs neuf lyres immortelles

Fredonnent sus mainte chanson ;

Je dy les filles de ce Dieu

Qui fait trembler toute la terre

Alors qu'il perce le meilieu

Du Ciel d'un éclatant tonnerre;

Cette belle troupe divine.

Bouillante d'un ardent désir.

Souvent en ta terre Angevine Se venoit donner du plaisir; Et de ce pas souventefoysy Ces belles prenoient bien la peine ^ S écartant par le Vandomois, De venir jusqu'en nostre Meine.

ET MIGNARDISES. 1 Sq

Mais qui faisoyt à ces Mignardes Abandonner le saint Coupeau, Et leurs fontaines gazouillardes Qui roulent par maint cler ruisseau^ Qui leur faisoyt laisser les fleurs, Et la verdeur de la campagne^ Et les odorantes douceurs Qu'on sent tous jours en leur montagne?

Qui leur faisoyt laisser le branle Qu'ensemble sur le mont cornu Eli* dancent d'un geste et d'un branle^ S'entretenans d'un beau braz nu ?

Qui leur faisoyt abandonner La douce fraîcheur des ombrages, Et le vent qu'on oyt resonner Si mollement en leurs boccages?

Mais qui faisoyt donq à ces belles [pisser le plaisir qu'en tout temps EU' ont des douceurs immortelles De leur perdurable printemps y Pour venir si bien aborder Au fertil rivage de Loyre^ Et là les bàstiments fonder

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D'un autre temple de Memoyre^

Sinon toy qui peux, de la grâce.

Coulante dans tes vers si doux.

Heureusement de cette race Gaigner le cueur par dessus tous F Toy qui la peux mieux enchanter De ta chanson délicieuse Qu'Apollon du plus doux chanter De sa lyre mélodieuse ?

Mais mainienanty pour ton absence.

Ta terre est veuve du bonheur Qui la tenoit, en ta présence, Orgueilleuse de ton honneur.

Et non ton Anjou seulement.

Mais toute la France se treuve, Pour te perdre si longuement.

Presque de toutes Muses veuve.

Vien resjouyr de ta venue Ta France f qui, pleine d'émoy, Tousjours en dueil entretenue, Ha languy pour l'amour de toy.

Vien voir tes plus chers compagnons,

ET MIGNARDISES. l6l

Vierij mon Bellay^ ne les refuse^ Puis, qu'ils sont des plus chers mignons Du premier rolle de la Muse !

Mais^ comme tu le sçais bien faire y Il te faudra sus tous choisir Un vers qui pourra satisfairiy Donnant un immortel plaisir A cette Princesse du sang^ C'est nostre docte Marguerite, Qui d'estre mise au premier rang Sur toutes Princesses mérite.

sr congnoist, la docte Princesse^ Ceux qui remplissent leurs ecriz.

Et qui les chargent d'une presse De motz qui languissent sans pris; Et ceux qui tirent de si loin Un tas de si hautes sentences Qu'eux-mesmes Hz auroient besoin D'interprète à leurs quinf essences.

Elle congnoist la pauvre plume De ces poètes contrefaitz, Qui de piller ont la coustume

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Des autres tous les meilleurs traitz; Et celuy qui^ tout plein de vent^ Enflant ses vers iun vain langage, Veut contrefaire du sçavant Pour estre ignorant davantage.

Et si sçait iun loz véritable Aprouver les écrit bien faictz De ceux qui font preuve louable D'avoyr leules ouvriers parfaictz , Et qui^ sans contraindre ou genner Leur douce et naturelle veine, Peuvent doctement façonner Des écrit qui coulent sans peine.

Rien ne deçoyt la docte oreille , Rien m deçoyt le jugement De cette perle nompareille , Qui en sçait parler doctement; Une si riche perle encor Ne fut aux Indes recherchée , Ni dans un précieux trésor Entre des chers joyaux cachée.

Tu es heureux enta jeunesse

D'avoir si doctement chanté Que l'esprit de cette Princesse S'en est à bon droict contenté; Et moy heureux si je pouvois^ Par ma rime encores foiblette^ Estre envers elle quelquefois En V espérance d'un poète.

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