‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 1 sur 81 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

JEAN PALERNE

La famille Palerne, très répandue dans le Forez, semble avoir eu son principal siège à Bourg- Argental, où s'est éteint le dernier du nom, Palerne de Savy, maire de Lyon, en 1790.

La particule de, qui précède le nom d'un très grand nombre de familles anciennes, n'est pas, par elle-même, une preuve de noblesse; mais son absence n'en est pas non plus la négation formelle. Jean Palerne, en la personne duquel la famille paraît avoir été anoblie, sous les derniers Valois, et à qui l'éditeur posthume de ses Pérégrinations n'a pas donné la particule en 1606, n'a signé qu'une fois (et même en un seul mot) Depalerne. dans son Recueil inédit de Poésies, où l'on ren-

contre fréquemment sa signature. C'est en vain que l'un de ses descendants, le spirituel et vaniteux auteur de la Mort de Sylvandre et de la Lettre de la Nymphe du Danube à la princesse Adélaïde de Savoie l, a affecté de mettre devant son nom la particule, en signant indûment de Palerne2, croyant sans doute accroître ainsi sa noblesse. Un membre de sa famille signait, en 1671, de Palerne Sornin.

Jean Palerne, né à la Fouillouse ( près Saint- Etienne en Forez), dans Tannée 1 5 57, devint à dix-neuf ans secrétaire de François, duc d'Anjou et d'Alençon (quatrième fils du roi Henri II), qu'il suivit dans ses voyages en France et en Angleterre. Puis, quittant le service du prince, il fit seul une excursion en Espagne. Enfin, à l'âge de vingt-quatre ans, le 3o mars 1 58 1 , il partit de Paris pour la Terre sainte, d'où il rentra à Lyon, un peu moins de deux ans après son départ, le 2 février 1 583.

1. Voyez: i° La Mort de Sylvandre, poème pastoral du xvn" siècle, dédié, en 1660, à la princesse Marguerite de Savoie. — Paris, imprimerie Quantin, 1878 ;

2. Lettre de la Nymphe du Danube à la princesse Adélaïde de Savoie, en 1 6 5 1 . — Saint-Ktienue, imprimerie Théolier, 1879.

Il ne tarda pas à rédiger par écrit le récit de ce long et périlleux voyage, où il avait perdu son unique compagnon ; et il venait d'achever son œuvre quand, en 1592, il mourut célibataire, à Page de trente-cinq ans. Une main pieuse, qui ne s'est pas fait connaître, a, quatorze ans plus tard, publié son livre sous ce titre : « Pérégrinations « du sr Jean Palerne, Forézien, secrétaire de Fran- « çoys de Valois, duc d'Anjou et d'Alençon, où « est trakté de plusieurs singularitez et antiquitez « remarquées es provinces d'Egypte, Arabie Dé- « serte et Pierreuse, Terre-Saincte, Surie, Natolie, n Grèce et plusieurs isies, tant de la mer Mé- « diterranée que Archipelague, etc., etc.» — A Lyon, par Jean Pillehotte, M. DC. VI p. in- 12 I. L'Extraict du privilège du Roy est daté, à Fontainebleau, du 11 septembre 1606. A la suite du Voyage, mais avant un Petit Dictionnaire et la Table des Chapitres, qui termine ce court et épais volume, on lit (p. 52 1), au-dessous du mot Fin, ce distique sur lequel nous ne tarderons pas à revenir :

Celuy qui. par deux foys, a évité naufrage, Il n'y doit jamais plus retourner, s'il est sage.

Jean Palerne n'a pas seulement employé ses loisirs à voyager à l'étranger et à rédiger le récit de ses pérégrinations lointaines. Il était poète. Qui ne Tétait alors, ou du moins qui ne croyait l'être ! La jeunesse étant l'âge des vers et des amours, Palerne se sera certainement mis à rêver et à rimer avant de partir pour l'Orient; et cen'est pas le soleil de cette magnifique contrée qui aura éteint en lui les inspirations de la Muse.

Nos lecteurs ne s'étonneront donc pas si nous disons que Palerne, tout jeune qu'il était, a réuni, en un recueil manuscrit, la matière d'un volume composé principalement de poésies diverses, tant en français qu'en autres langues méridionales, d'origine latine. Nous nous bornons, quant aux pièces en langues étrangères, à en donner le titre. En effet, il n'est pas vraisemblable que notre poète en soit l'auteur ; et puis, notre tâche est déjà assez lourde pour un septuagénaire à qui il reste plus de bonne volonté que de forces '.

i. Le Stéphanois Marcellin Allard, auteur de La Galette Fran-

Nous n'hésitons pas à affirmer que notre recueil est l'œuvre de notre compatriote Palerne. En effet, la signature Palerne se voit en diverses pages du manuscrit, notamment au recto du premier feuillet tenant lieu de titre, on y lit encore fréquemment, avec certaines variantes, et même, une fois, audessus de la signature Depalerne (en un seul mot), le distique final du volume des Pérégrinations :

Celuy qui, par deuxfoys, a évité naufrage, Il n'y doit jamais plus retourner, s'il est sage.

Et qu'on n'objecte pas que ce distique n'exprime qu'une vérité générale à l'endroit de tous les voyageurs d'outre-mer; car il est une fois revêtu de cette forme, essentiellement personnelle :

Si, par deux foys,fay évité nauffraige, Je ny doibf plus retorner, si suis saige.

Voilà qui serait bien suffisant pour justifier notre opinion; mais le verso d'un feuillet rend la lumière encore plus éclatante. On y voit, en effet, ainsi disposés :

çoise (Paris, 1604), se montre presque autant versé que son compatriote et contemporain Jean Palerne, dans les langues méridionales, auxquelles il emprunte un grand nombre de proverbes.

Un casque de chevalier; — Trois croissants entrelacés; Les armes de Palerne : D'or au paon rouant d'azur.

Et ces armes sont dessinées au milieu de ce distique, dont elles partagent les hémistiches :

Qui, par deux foys, s~~~$ 0IS*8-|L— ^ a évité nauffraige Jamais n'y doibt /-, -j^S^^MA^^s- :\ retomer, s il est saigc

Quant aux trois croissants entrelacés, ils peuvent

être un souvenir du voyage en Orient, comme le le turban qui paraît coiffer la signature Depalerne,

nC f

au bas d'une page qui commence par une pièce de de vers italienne, intitulée : Sotto il ritratto de Solimano, imperator de Turchi; mais ils étaient, en ce temps-Là, un ornement fréquent dans le Forez. En effet, nous avons vu à Saint-Etienne, sur la place Grenette, une antique maison dont une pierre présentait les trois croissants sculptés en relief.

Palerne a écrit sur son feuillet de titre : Paris, au mojrs d'octobre 1 5jq ; et cette date est précédée et suivie de sa signature. En outre, dans le cours du manuscrit, trois pièces portent les dates de i5~6,

— ÎO —

1 577 et 1587. Or, n'oublions pas que sa courte vie s'est écoulée tout entière entre les années 1 5 57 et 1592.

Notre manuscrit ayant évidemment Jean Palerne pour auteur, nous avons à dire brièvement en quoi il consiste.

La poésie est le bagage principal de Jean Palerne. Non content de réunir les produits de sa muse, il a fait preuve de goût, de bonne confraternité et de modestie, en y joignant des pièces de quelques-uns de ses contemporains, tels que le cardinal Duperron, M. de Lyon, de Bussy, M. de Sandray, et les poètes Philippe Desportes, Amadis Jamyn et Pierre de' Ronsard.

En nommant lui-même, pour chaque emprunt, l'auteur de la pièce, Palerne nous avait autorisé à croire que toute pièce, restée anonyme dans son recueil, était son œuvre personnelle; mais c'était une erreur de notre part. En effet, dans une charmante pièce anonyme sur Avril, nous avons reconnu une œuvre d'Amadis Jamyn.

On comprendra que nous n'ayons pu rechercher chacune des pièces anonymes parmi les nombreuses productions poétiques de l'époque. Cette tâche eût été d'autant plus longue et difficile, que plusieurs des poètes contemporains n'ont pas eu l'honneur d'une édition complète, et qu'il eût fallu nous mettre à la piste de leurs œuvres éparses dans les compilations qui ont pu nous les conserver.

Nous sommes disposé à croire que les pièces n'appartenant pas à Palerne, bien qu'il les ait transcrites, lui ont été communiquées en manuscrit avant toute impression. En effet, l'orthographe de notre manuscrit est plus ancienne que celle de ces mêmes pièces imprimées; et il y a même, dan? le texte, des variantes. Pour que nos lecteurs en puissent juger eux-mêmes, nous conservons le texte et l'orthographe du recueil de Palerne.

A ne parler en ce moment que de Ronsard ? Palerne lui a emprunté son imitation de l'Ode d'Anacréon : Amour piqué par une abeille. Cette pièce, du chef de la Pléiade française, est une paraphrase en dix quatrains. Or, nous n'en trouvons, dans le manuscrit de Palerne, que les quatrains vi, vu, et vin, qui commencent au recto d'un

feuillet, les cinq premiers quatrains ayant disparu avec le feuillet précédent, au verso duquel ils étaient écrits, et Palerne n'ayant pas reproduit les deux derniers (ix et x), sans doute parce qu'ils n'étaient pas encore composés.

Cette imitation par Ronsard est restée inconnue à la savante helléniste, Mme Dacier (née Anne Le Fèvre), qui, en 1699, ne citait que la traduction des Œav?-es d'Anac?~éon, par Remy Belleau *, et en portait ce singulier jugement : « Outre que sa tra- " duction est en vers, et par conséquent peu fidèle, '< elle est en si vieux langage qu'il est impossible '< d'y trouver aucun agrément2 ».

Nous ne pouvons résister au désir de reproduire ici l'imitation de Belleau, si peu goûtée par Mme Dacier.

Page 1