Les Poésies d'Anacréon... traduites... par M Dacier
Amsterdam, Marret, 1699, in-12.
Une mouche à miel, qui soudain En l'un de ses doigs le vint poindre : Le mignon commence à se plaindre, Voyant enfler sa blanche main.
Aussitost à Venus la belle Fuyant, il voile à tire d'œlle, Mère, dit-il, c'est fait de moy, C'en est fait, et faut qu'à ceste heure Navré jusques au cœur je meure, Si secouru ne suis de toy.
Navré je suis en ceste sorte D'un petit serpenteau, qui porte Deux ailerons dessus le dos, Aux champs une abeille on l'appelle :
Voyez donc ma playe cruelle, Las ! il m'a picqué jusqu'à l'os.
Mignon (dist Venus) si la pointe D'une mouche à miel, telle atteinte Droit au cœur (comme tu dis) fait, Combien sont navrez davantage Ceux qui sont espoincts de ta rage, Et qui sont blessez de ton trait? l»
On sera peut-être bien aise de trouver ici , non plus une imitation, mais une traduction récente de la même ode d'Anacréon, en petits vers de même nombre que l'original ; elle est
i. Remy Belleau, Les Odes d'Anacréon traduictes en françois.
t. II, fol. 21, v°. Paris, Gilles-Gilles, i585, in-12.
aussi remarquable pour son élégance que pour sa * fidélité ».