‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 4 sur 81 · A MAGDELEINE LE · texte numérisé non relu

A MAGDELEINE LE

Pour bien louer ta gente gentillesse Et ton esprit gentillement subtil Et de ton corps snbtillement gentil Le gent mainctien et la gentille adresse, Il conviendrait qu'une langue maistresse Chantast Vhonneur de ton gent double fil, Qui, à demy, courbe en rond ton sourcil, Oh Cupidon ses ambuscades dresse ; Qu'elle chantast. ces Indiens Joyaulx, Ces diamans, ces perles, ces couraulx Et ces rubis, dignes d'un gentilhomme Qui, eschauffé de ta pudicque f.ammc,

En repoussant de gente gentilhomme, Qu'ores tu es, te rendit g entilfemme.

Jusque-là, tout est bien si Ton veut. Mais comment concilier les hommages, les adorations de Palerne, avec les citations quMl va nous fournir lui-même.

Non amo, nec amor, nec amavi;

Sed scio, si quis amet, uritur igné gravi1!

Ma complaincte

N'est que faincte ;

Ce sont fables, mes amours, etc.

Si j'ay faict nouvel amour, Qu'on ne le trouve estrange, etc.

De Magdelayne la beaulté M'a bien dix mille escus cousté.

Palerne a faict un anagramme D'une qui a son cœur en don; S'il eust peu renverser sa dame, Il n'eust pas renversé son nom.

Ce vilain quatrain est reproduit ici à la honte de Palerne et à Thonneur de Magdeleine Le Gentilhomme, si celle-ci a réellement existé.

i. Ce distique se lit au milieu de la page de titre du manuscrit, immédiatement au-dessous de l'anagramme de Magdeleine Le Gentil et du chiffre collectif des deux amants.

Outre ses Lettres amoureuses, Palerne a chanté l'amour en de nombreuses pièces en vers français, que nous reproduisons dans Tordre où il les a luimême rangées.

Son recueil contient deux lettres en prose à la Reine de Navarre, auxquelles nous conservons leur place.

Nous y trouvons également deux lettres sans date, précédées de ces mots : Par le Roy.

Enfin, il y a deux autres lettres, dont l'une, au moins, est adressée au roi, par son frère.

Notre poète n'a pas hésité à aborder courageusement la politique, un grand nombre de fois. On verra qu'il était royaliste, mais qu'il avait en horreur la coterie italienne et les mignons, et que, ce qu'il aimait avant tout, c'était la France.

A cet égard, nous renvoyons le lecteur aux pièces suivantes :

Par M. de Sandray, gentilhomme Auvergnat;

Sonnet sur les jeunes guerriers ;

Flamans;

Pasquins des Mig)ions de la Cour ;

Sardini et Gondi; •

Les guerriers, les impôts ;

Les nouvelles qu'on dit ;

- iq —

Celluy qui, comme nous;

Sur l'estai de la France ;

Sonnet de la Ligue;

A ultre;

Aultre à ceux de la sainte Ligue;

Au 5r J. L. de Nougaret, duc d'Espernon;

Sur la défaite des Reistres — t58j.

A ux Politiques de Cour ;

Sonnet au Roy.

Le Recueil de Jean Palerne, écrit sur papier infolio et recouvert en parchemin, a subi, au dehors et surtout au dedans, non seulement les injures du temps, mais encore des mutilations volontaires consistant dans le retranchement, plus ou moins entier, çà et là, de plusieurs feuillets dont, en l'absence du numérotage par l'auteur, nous ne saurions déterminer exactement le nombre.

La main qui a fort grossièrement relié en parchemin notre précieux manuscrit a, par ignorance, partagé le volume en deux parties disposées tètebèche.

Dans la pâte du papier, nous avons remarqué

un filigrane qui nous paraît représenter un écusson avec les lettres J S.

Sur le recto de la couverture, on lit, au milieu, la date de 1579, au-dessous de laquelle figurent, entrelacées, les trois lettres initiales M L G de Magdelaine Le Gentil. Au verso de cette même couverture est collé, sur le parchemin, un feuillet de papier blanc, très mince et déchiqueté par l'humidité, mais où Ton peut encore lire, de haut en bas, les lignes suivantes :

Gentille ge me domine l'âme.

En l amour que V honneur conserve — je me réserve.

Le cueur loyal, foy asseurée.

Ung clou pousse le clou; ungmal, l'aultre malheur.

Espoir nourrit ce que fortune tue.

Amour me suit, Fortune me laisse.

Fermeté et espérance me tiennent en patience.

L'amour se loge en la teste et... faict sa /este.

On lit sur un autre feuillet de papier blanc, collé en dedans du parchemin, à la fin du volume :

TEMPLE D'APOLLO Cognoys toy mesme.

(Dessin représentant une église de village.)

Domus mea domas orationis mee vocabitur Palerne (signature)

\ Autre dessin représentant un navire.) Palerne (signature)

Tout mutilé quïl soit, la conservation du Recueil de Jean Palerne n'en a pas moins quelque chose de providentiel, pour ainsi dire. En effet, d'Orléans, où Fauteur, contrôleur des trésoriers généraux de France, est décédé en 092, ce manuscrit est revenu dans le Forez, berceau de son auteur, et il y est resté enfoui, à la campagne, dans un grenier, au milieu de liasses nombreuses d'une toute autre nature. C'est là qu'un heureux hasard Ta fait découvrir depuis peu, au moment où il allait être livré, avec de vieux papiers, à un marchand de chiffons; et il n'a pas tardé à se réfugier à Paris, dans notre bibliothèque forézienne.

Touché du lémoignage de confiance qui nous fut donné en cette circonstance, nous y répondons

en donnant partiellement au recueil inédit de notre compatriote la publicité de la typographie dont il nous semble digne. Nous disons partiellement. En effet, d'une part (nous Pavons déjà dit), notre manuscrit a perdu, çà et là, en un temps ou en un autre, un grand nombre de ses feuillets; et, d'autre part, nous négligeons certaines pièces, les unes comme insignifiantes ou malséantes, les autres comme écrites en langues étrangères.

Nous nous sommes appliqué à conserver à Jean Palerne sa physionomie de la seconde moitié du seizième siècle. En conséquence, tout en nous abstenant très volontiers de reproduire les pièces obscènes ou ordurières, nous nous sommes gardé d'abuser des ciseaux de la censure. Que si, cependant, des oreilles par trop timorées, blâmaient encore la hardiesse de nos citations, nous nous mettrions à couvert derrière l'irrécusable autorité, en cette matière, de deux membres de l'Académie française, décédés, l'un en 1781, l'autre en 1869. Le premier, de Lacurne de Sainte- Palaye, dit, en son immense et savant Glossaire de la langue française (conservé en manuscrit à la Bibliothèque nationale) : « J'ay quelques fois écouté la repu-

« gnance que j'avois à présenter des proverbes « grossiers, dont les images révoltent et dégoûtent ; « d'autres fois, j'ay cru pouvoir franchir les bornes « qu'elle sembloit me prescrire. » Le second académicien, Sainte-Beuve, s'exprimait ainsi, en la Préface de son Tableau de la Poésie française au XVIe siècle, daté de 1828, et reproduit en 1843 : « J'ai le malheur de croire que la pruderie est une ■ chose funeste en littérature; et que, jusqu'à « l'obscénité exclusivement, l'art consacre et puri- « fie tout ce qu'il touche. »

Nous croyons nous être montré plus réservé que Sainte-Beuve, et même que de Lacurne de Sainte- Palaye.

PALERNE

Page 1