PAR MONSIEUR DUPERRON
Je ne puis, à bon droict, vous nommer larronnesse, Bien que mon cueur captif vous ayez suborné, Pour ce qu'en me l'ostant vous reprenez, maistresse, Ce qui estoit à vous mesme avant qu'estre né.
Il vous estoit voué avant que je naquisse. Pourquoy se plaindroit-il de sa captivité? La fin de sa naissance estoit vostre service; Et la fin d'une chose est sa félicité.
J'auroys doncques grand tort de lamenter ma prise; Un homme est bien enfant qui se plainct de son bien. Mon bien est d'estre à vous ; vous estes ma franchise : Je suis plus à moi-mesme, estant vostre que mien.
Car, vous estant mon tout, et moy vostre partie, Me retirer de vous c'est m'esloigner de moy;
El tant plus vous tenez mon âme assubgectie. Tant plus heureusement elle est unie à soy.
Puis d'aultant que l'envy nous faict tousjours la guerre, Et que vostre beaulté vous rend esgalle aux dieux, Je vy, vivant en moy, comme vivant en terre; Je vy, vivant en vous, comme l'on vyt aux cieulx.
Que vous diray-je plus, vous estant ma vraye âme, Et moy n'estant qu'un corps qui de peu se nourrit. C'est mon plus grand honneur de vous servir, Madame ; Car c'est honneur au corps de servir à l'esprit.
Mais que dis-je, troublé de l'amour qui m'enivre ! Vous nommant mon esprit, je m'abuse bien fort. C'est naturellement l'esprit qui nous faict vivre ; Et vous, d'un seul regard, vous me donnez la mort.
Si estes-vous ma vie et par vous je respire.
Mais comme en ung flambeau, que l'on renverse en bas
La cire esteint le feu. bien qu'il vive de cire,
Tout de mesrae estes-vous ma vie et mon trespas.
La challeur tempérée est de la vie hostesse. Et l'excessive esmeut mille fiebvreux accez : L'amour que je vous porte en est ainsy, maistresse; C'est ma vie et moyen : c'est ma mort et excez.
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C'est pourquoy je voy bien qu'à la mort assurée Il me fault, à cloz yeulx, courir en vous aymant. Moy ne pouvant aymer d'un amour modére'e, Et vous ne voullant pas estre aimée aultrement.
Mais, que vostre œil me tue ou me donne la vie, Jamais vostre beaulté ne mourra dedans moy. Si je vis, je vivray pour vous rendre servie; Si je meurs, je mourray pour vous prouver ma foy.
A qui plus dignement puis-je faire service Qu'à celle que le ciel monstre de révérer! J'apprendz, en vous servant, à maistriser le vice; Et, en vous admirant, à bien plus admirer.
L'homme est bien malheureulx, de qui l'âme indiscrète Peult, ailleurs qu'en voz mains, sa franchise enfermer. C'est ou n'avoir poinct d'yeulx pour vous voir si parfaicte , Ou n'avoir poinct de cueur pour vous oser aymer.
Or ay-je l'ung et l'aultre; et c'est d'où il me semble Qu'on me doibt en bon heur aux dieux parangonner. Seullement je me plains que je n'ay tout ensemble Cent veulx pour vous mieux voir, cent cueurs pour vous
[donner.
Par cy devant, mon âme, errante à l'advanture, A suyvis d'aultres feux que celui de vostre œil,
ICO
Semblable au moucheron qui, par la nuict obscure, Prend un petit flambeau pour les raiz du soleil.
Mais les dieux, à la fin, ont dessillé ma veue, Heureulx de vous avoir maintenant pour fanal. Vray est que de vous voir ma langueur est venue ; Mais il fault qu'un grand bien [nous] couste un petit mal.
Puisse advenir un jour, ô ma douce amertume! Hellas! puisse advenir qu'il vous plaise arroser D'un peu d'eaue de pitié le feu qui me consume, Non pour le rendre esteinct, mais pour mieulx l'em-
[braser.
Si tant d'heur m'advenoit qu'il sortist de ma braise Une seulle estincelle en vostre jeune cueur, Je noiroy mes ennuys dedans un fleuve d'aise Et ferois mon jouet de ma propre langueur.
Mais c'est trop désirer de la pensée humayne. Non, je ne pourrovs pas un tel heur supporter; Je m'en iroys en pouldre, ainsy que la Thébayne Qui ne peult endurer les feux de Jupiter.
Aussy doibt-il suffire au cueur qui vous adore Que d'un œil de pitié vous voyez son torment. Cil qui désire plus mérite perdre encore Le plaisir qu'a celluy qui meurt en vous aymant.
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C'est bien assez qu'un dieu, d'un œil doux et propice, Regarde la victime et le cueur qui se plainct, Sans que luy mesme brusle au feu du sacriffice Mesme flamme embrasant et l'offrande et le sainct.
Quant à moy, mon espoir, tout ce que je demande, Lorsque de mes souhaictz j'importune les cieulx, N'est sinon que mon cueur soit trouvé digne offrande De vous, son bel Idolle, et du feu de vos yeulx.
Bien sont-ce des souhaitz qu'impossibles j'estime. Et que l'événement ne peut rendre finis ; Car, qui d'ung si beau feu seroit digne victime, A ce rare soleil il fauldroit un phœnix.
Toutes foys, s'il est vray que la foy nous rend dignes De la table des dieux et de l'éternité, Nul que moy ne doibt ardre en ces flammes divines, Puisque j'excelle en foy, comme vous en beaulté.
SONNET EN MARS ib77
Les Nouvelles qu'on dict, c'est que, soubz la ballance D'ung jeu, l'Estat françois s'esbranle, inconstamment, A prime se jouant nostre entier changement, Par quatre qui devroient conserver notre France.
Le premier, soit qu'il n'ayt en son jeu grand fiance, Soit pour faire le fin, passe tout simplement; Le second, qui en perte a joué longuement, Se picque de sa beste et veult torner la chance.
Le tiers qui, tenant tout, void que l'heur ne dit plus, Demande à composer, monstrant l'espoir d'un flux; Mais le quart quicte tout pour le malheur qu'il a.
Qui nous apauvrit tous, d'aultant que celluy-là Nous tient associés à moitié de sa perte
Suivent quatre quatrains en italien, sans aucun titre : Cappon. Pollastri, Fasan et Colombi, etc.