DESESPOIR
Plorez, ô démons pitoyables,
Tant de malheurs soufferts ; Pour le moings, soyez secourables A mes yeulx, qui ne sont que de larmes couverts.
Puisque toutes âmes humaynes
N'ont pitié de mes crys, Vous, au movngs, souspirez mes peynes, Dans l'obscur des tombeaulx, ô nocturnes espritz !
C'est or à vous, umbres nuictalles, Que j'adresse mes veuz,
Pour dans vos cendres sépulchralles Recuillir tout le deuil, l'amer et l'ennuyeulx.
Je ne veulx poinct finir mes plainctes.
Me voyant alléger Je me plais aux dures attainctes De me voir tout entier dedans ung dueil plonger
Hélas! que sert-il de me plaindre!
C'est à faire aux mortelz.
J'ayme mieulx, transy, me contraindre, Couvrant mon desplaisir de pensers éternelz.
Mais las! en tarissant la source
De mes pleurs espanduz, Je crains de voir faillir la course De mes plus chers ennuis, par vous seulz entenduz.
Parques blesmes et criminelles,
Ne tranchez poinct mes jours, Affin que mes peines cruelles En l'immortalité puissent borner leur cours.
Et vous les courriers de mes pertes,
O mes soupirs aislez!
Portez mes complainctes couvertes Sur le front azuré des palais estoillez.
CHANSON
Je ne veulx plus aymer Que de choses facilles :
C'est trop se consommer Aux travaulx inutilles.
Ce n'est rien que tourment )
\ Refrain.
D'aymer si haultement.
L'amour et la grandeur S'accordent mal ensemble ; Jamais avec la peur, Le plaisir ne s'assemble.
Ce n'est rien, etc.
Que me sert la beauté D'une chambre dore'e, En qui ma liberté Se lamente enserrée ?
Ce n'est rien, etc.
Il est beau, ce dit-on.
De tendre à choses haultes .
Ainsy dit Phaéton.
Se bruslant par sa faulte.
Ce n'est rien. etc.
Qui me va soulageant Le seul plaisir qu'on voye Que mes fers sont d'argent Et mes liens de soye!
Ce n'est rien, etc.
Qu'un aultre aille estimant Quelque grande victoire!
Mov, je cherche, en aymant, Le plaisir, non la gloire.
Ce n'est rien, etc.
Soit donq bas mon désir ; Chose basse me plaise.
Si j'ay moins de plaisir, J'aurey moins de malaise.
Ce n'est rien, etc.
Le soleil est luysant; Le feu cherche la flamme; Jamais l'amour des grandz N'est sans danger ou blasme.
Non, ce n'est que tourment D'avmer si haultement.
— oo. ~~ CHANSON