RESPONCE
Si l'amour est un Dieu, comme chacun confesse, Et si servir aux dieux est régner haultement, Je tiens les amoureux estre roys dignement, Servant l'object divin d'une belle maistresse.
Cil qui ne peut aimer libre ne se peult dire, Car, en eslection, se preuve liberté.
Plus libre est donq cetluy qui chérit la beaulté, Que qui ne peut aymer, plaîn de chagrin et d'ire.
Panser incessamment la doulceur infinie D'amour et ses effetz, sçavoir si le discours
De sa félicité peult rajeunir les jours D'un front pasle et ridé, d'une face ternie.
L'œil d'amour, le guidon, est cil qui nous asseure, Qui juge nostre espoir; donques un doux clin d'oeil Chasse de l'amoureulx la mizère et le deuil, L'asseurant plus aymé ou d'esgalle mesure.
Qui croit donque l'amour estre rempli de raige, De tempeste, de flotz, est privé de rayson. Amour ne va voyant que soubz un orizon Calme, doux, dépitant la tempeste et Foraige.
Ses aislles vont jugeant sa céleste nature;
Son portraict en enfent, sa grand simplicité;
Il a les yeulx bandez, pour garder équité :
Et, monstrant qu'il n'est feinct, est né sans couverture.
Suit en six couplets, de six vers inégaux, une chanson très médiocre, dont l'air n'est pas indiqué. Cette pièce est bâtonnée, à l'encre, par une seule ligne verticale, tirée au milieu de la page. En voici le premier vers :
Si, pour vous avoir servi, etc.
> CHANSON
Sur ce mesme air (non indiqué]
Ainsy que le beau soleil,
Jettant l'œil Sur une fleur demy-morte, Luy redonne la vigueur
Dans le cueur, Vostre bel œil me conforte.
Las je mourroy de despit
Qu'on me dit :
Celle qui est ta pensée, Ton bien, ton mal, tonsoucy.
Est icy D'une aultre amour oflencée.
Ce despit, las! seroit bien
Le moyen De trancher du tout ma vie.
Vous me feriez plus de tort
Que la mort Où mes tyrans ont envie.
Madame, puisque l'effort
De mon sort M'esloiene de voz lumières,
Je fera y voir par mon bras
Qu'icy bas Voz beaultez sont les premières.
Les souspirs que vous voyez
Envoyez De mon ardeur immortelle, Vollans dans le ciel tout rond,
Conteront Aux dieux ma juste querelle.
Pour punir les inhumains,
Dans les mains J'ay pris le fer de vengence; Et le divin punisseur
De l'erreur Me prestera sa puissance.
De mes amys re'soluz
Les esleuz Prendront la mort en troffe'e. Les coups de pistollets ont faict
Un meffaict Que vengera mon espée.
Je veulx que de toutes pars
Soit espars Le subject de ma querelle ;
Un coup en bon lieu acquis
Est requis Pour rendre une âme immortelle.
Las! Je fais gloire de quoy
Contre un roy J'opposeray ma puissance.
Par les canons sont espars
Les rampars; Mais rien ne crainct ma constance.
Plus les flotz sont arrestez,
Irritez, De raige, ilz monstrent leur force; Et plus l'on me veult forcer
De cesser.
Plus mon amour se renforce.
Vous verrez que l'immortel
Rien de tel En ce bas lieu n'a faict naistre Que ceste divine ardeur
De mon cueur Dont vostre œil est le seul maistre.
J'aplaniray mon chemin
Par la fin De mes tirans adversaires,
Puisqu'ainsy le vice peut,
Quand Dieu veult, Prendre fin par ses contraires.
Et lorsque mon glaive sainct
Sera teinct * Du sang des perverses âmes, Je redeviendrez devers vous,
A genoux, Soubz voz piedz rendre les armes.
Je pourray lors à la court,
A mon tour, Vous immoller mon service, Puisque rien n'a combattu
La vertu Que les ministres du vice.
Et si, après tant de mortz
Je voidz lors Ma peine à vous agréable, Je me diray plus heureulx
Amoureulx Que je ne suis misérable.
i . 11 y a sera peinct.
AULTRE CHANSON
Dépité,
J'ay quicté L'amoureuse flamme ;
Et m'en vois
Par ce boys.
Heureux, rendre l'âme.
Résolu
J'ay voullu Suporter ma peine
Mais, hélas!
Je suis las De l'amour mondaine.
O mes yeulx !
J'aime mieulx Religieux estre,
Obliant
Et fuyant Tout plaisir terrestre.
Je vivrey Et mourrey Dans un monastère,
N'ayant rien Que le bien D'une vie austère.
Bien heureux
Seront ceulx Qui m'y voudront suivre,
En ce lieu
Prier Dieu Pour après revivre.
AULTRE CHANSON
Quelle chose icy bas Vit, plus que moy, dolent et mise'rable ! O mort amye, ô Parque désirable,
Avancez mon trespas.
Hélas! Je suis le but Où le destin, la fortune et l'envye Lancent les traictz des malheurs de ma vie
Sans espoir de salut.
Comme de tous costez De l'Océan toutes rivières coulent, Ainsv dans moy de toutes parts se roulent
Toutes calamitez.
Hélas! si vous m'aymez, O mes amys, ne touchez à ma playe ; Plus votre main à la guérir s'essaye,
Plus vous l'envenimez.
Que maudit et danné Soit le moment de ma naissance amère; Maudit le jour que l'on dit à mon père
Qu'un fils luy estoit né.
Que jamais le soleil A ce jour là ses rayons ne desploye ; Rien que douleur ce jour là ne se voye
Et rien qu'habitz de deuil.
Mes amys plus certains, Voyant mon mal, en cherchent le remedde : Remedde vain, s'ilz sçavoient d'où procedde
La cause de mes plains.
Pleurez donq, mes doulleurs Pleurez, mes yeulx; hélas! pleurez sans cesse; Vous ne sçauriez pour plus juste tristesse,
Sourdre ' un ruisseau de pleurs.
i. Il y a sou/dre dans le manuscrit.