‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 59 sur 81 · FAICTE PAR LE ROY · texte numérisé non relu

FAICTE PAR LE ROY

Vous qui, de douces voluptez, Laissez ensorceller voz âmes aveuglées, N'amorcez plus mes libres volontez Que l'amour avait desréglées :

Je me veulx retirer Pour tousjours plaindre et souspirer.

i. Il y a ou gelle.

Je veulx qu'en l'espesseur des boys, L'ordinaire séjour des errantz misérables, Un antre obscur, soubz ma dolente voix, Gémisse en accens lamentables.

Car rien ne peult ailleurs Escouter mes aspres douleurs.

Tout ce que font mouvoir les cieulx, Sous les jours inégaulx de leur prompte carrière, Naist et périt; et mon mal ennuyeulx Demeure en sa forme première,

Et ne peult devenir Moins rude et subget à finir.

J'ay partout cherché le secours,

L'art, le soin, le conseil, l'espoir, la patience ;

Les durs travaulx, où j'ay usé mes jours,

N'ont aydé ma persévérance;

Ce qui sert pour aultruy

Ne me peult apporter qu'ennuy.

Puis doncq que tout me nuict ainsy.

Le ciel, le sort, l'amour, la foy, les vents, les plainctes. Je veulx mourir et quicter le soucy Où j'ay tant enduré d'attainctes ; Affin de voir périr Le malheur qui me faict mourir.

Page 1