ÉLOGE DE L'INCONSTANCE
Si j'ay faict nouvel amour.
Qu'on ne le trouve estrange!
Le saige, sept foys le jour,
Son conseil mue et change.
N'en aymer qu'une est pure frénésie.
Voillà comment mon amour se manve.
Le regnard d'un seul terrier
Seullement ne s'asseure;
En plus d'un lieu, l'esprevier
Va chercher sa pasture ; Et l'homme accort souvent change d'amie. Voillà comment mon amour se manye.
Amour est un Dieu puissant Que l'on feinct jeune d'aage;
Tesmoignaige suffisant
Qu'il est gay et vollaige; Qui çà, qui là, comme le vent varie, Voillà comment mon amour se manye.
Quant on peinct sa déite',
Des hailes on luy forge,
Parce qu'à légièreté
Sa nature est conforme, Et fermeté sa plus grande ennemie.
Voillà comment mon amour se manye.
J'en ay bien aymé sept vingtz,
(Je parle de douzaines)
A qui jamais je ne tins
Ces fidellitez vaynes, Sinon, au plus, pour une heure et demie. Voillà comment mon amour se manye.
Comme on voit flotter la mer
Et rechanger la lune,
On me void la blonde aymer
Et la rousse et la brune ; Barbe me plaist; si faict Jeanne et Marie. Voillà comment mon amour se manye.
Il est bien vray que je dis, A chacune d'icelles,
Qu'elle est mon seul paradis
Et qu'entre les plus belles, Seule, je l'ay, comme une fleur, choisie. Voillà comment mon amour se manye.
Mais si tost que j'en ay faict,
Je pousse ma fortune
Et me remectz en effect
D'en pipper encore une, Que tout soubdain, pour une autre j'oblie. Voillà comment mon amour se manye.
Quelque fat me reprendra
Comme inconstant et lasche;
Mais mon honneur ne prendra,
Pour cela nulle tache; Car jamais à l'amour ne s'allie.
Voillà comment mon amour se manye.
Tel homme est bien he'betté
De fureurs amoureuses,
Qui veult tenir fermette
A toutes ces pisseuses, Qui n'ont au cueur que fraulde et tromperie. Voillà comment mon amour se manye.
Pires que vieulx singes sont Et toujours en mal visent;
Il fault faire comme ils font Et dire comme ils disent :
Feindre l'amour, faire son coup et vie.
Voillà comment mon amour se manye.
Mais ne soyez esbahys
Si partout je m'adresse,
C'est qu'entre tant de Thays
Je cherche une Lucrèce.
J'ai beau chercher, la race en est faillie. Voillà comment mon amour se manye.
Las ! que ne puis-je chanter,
Mesdames, vos louanges;
Mais je ne vous puis flatter,
Ni de diables faire anges.
Mot pour le coup ma chanson est finie. Voillà comment mon amour se manye.
CHANSON DE RODETZ
(dialoguéei
Bon jour, m'amour tant desiradda
Et ben amadda
Per commensada,
Vou donna dio, Encor que no sia coiffada,
Ben laboradda,
Per estrenadda,
Vou tena io.
Donno m'un baisa,
Sen me refusa.
Tout à qu'estan sarey joyou
Digas de bon sen.
Digas de pur sen.
Per vestra fey, o voudria vou ?
Monsiou, dio m'en agues guardada
D'estre tant fadda
Tall' estimadda
Corne avez dict :
Car io sio tant ben maridada
Et ben pregiadda
Et honnerada
De mon marit.
Tira vous en lay,
Monsiou, si vous play.
Jamay ne mo faria voudi;
Plus tost vivaria,
Qu'acot non faria, Touta la rocca de vaudi?
Jio vou tendrio ben habillada, Menche d'ostadda, Roba bordada D'un bord ou doux.
Coubretesta ben empesada, Reire peintada Accompaignada D'un bel bendoux, Un bel collerez Dagnez los plen dez Causses fines et sabatoux, Un beau daventaux Boursa et cousteaulx, Ceintura de séya et velloux.
Je sio encor mious habillada
Et meis amadda
Et honoradda.
Qu'io no sario Lembez vostra roba bordada,
Passamentadda.
Car deguisada
Io semblario.
Tiras vous en liau
Lo mondo belliau De nous aultrou pensariont maulx.
La gen do pasquez
Ne mérita quez De porta d'accoustramen taulx.
O semble que sias coursadda, Et ennuyada.
Quant sez prejada De far l'amour.
Una parquesa es estimada Et honoradda Quant es amadda De gens d'hounour.
Et quan cregnie vous A queist pe'trilloux:
Fugez quand lo verrez venir Et si o vou dit ren.
Io ay prou de ben, M'amour per vous entretenir.
Je vous en prio, seguez l'eitradda.
Car ennuidda
Et ben fâchadda
S'en doux propoz.
Si mon maryt veinde laradda
S'en assuradda,
De sa quilladda
Davez sus nous.
Tira vous a tras;
Ne vous voulen pas.
Cependant qu'avez le leisir
Si o levo lesclot
Vou daro tau cot Que vou farei anar gésir.