‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 72 sur 81 · SATIRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

SATIRE POLITIQUE

Gelluy qui, comme nous, se plaist avec un livre, Qui, comme nous, désire avec les Muses vivre, Philosophe a esté enfant digne du ciel, Vray amy de vertu, sans rancune et sans fiel. Celuy qui n'est jamais, dedans une province, Taxé d'estre larron d'un monarque ou d'un prince, Il n'est poinct charlatan d'une grande maison, Ny rigoutté qui tond une riche thoison,

i. Il y a l'effet.

2. Le nom Caillette, d'abord laissé en blanc dans le sonnet et dans le quatrain qui le suit, a été rempli ultérieurement par une autre main.

— iq--> —

Soit prenans potz de vin, soit vendans trop la cire. Celuy là n'est jamais si riche qu'on l'admire. Ainsy que Tetaiac pour ung beau bastiment Luy superbe se dict de Paris l'ornement. Or pour faire festin ou pour, enfin de compte, Par un Chasteau Villain prendre tiltre de comte. Ou pour d'une princesse estre faict le marv. Celuy qui de Pallas se nomme favori N'a jamais tant de biens aux champs ou à la ville Qu'il puisse rendre au Roy le chasteau d'Olinville ? Nous ne sommes milans des finances du Roy Qui, chiches de plaisir, ne tirent que pour soy. Mieulx exrpertz à limer du prince les dorures Que leurs pères n'estoient à limer les serrures '

NAPOLITANE

(Cinq quatrains italiens.;

Dicete mi, dicete mi, mio bene, etc.

BERGAMASCA

(Dix vers italiens en deux stances.)

Io ti vedo per il buso, etc.

(Dix-sept vers italiens en cinq pièces.)

Dormiendo io mi sonniava, etc.

i. Ici manquent quatre feuillets qui ont été arrachés du manuscrit de Palerne. Nous ne pouvons que regretter la fin de cette ardente satire.

— iuO

CHANSON

On ne se souvient que du mal ; L'ingratitude règne au monde.

L'injure se grave au métail, Et le bien faict s'inscrist en l'onde.

Amour en sert de preuve aux siens, Luy qui joinct la peine aux délices ; Nul ne luy sçait gré de ses biens Et tous accusent ses malices.

Et si le mal qui nous produict N'est poinct causé par son essence, Le soleil cause ainsy la nuict, Non de soy, mais par son absence.

Il porte un flambeau dans la main Pour en esclairer dans nostre âme ; Et nous, d'un jugement peu sain, Nous-allons brusler à sa flamme

Il preste à nostre entendement.

Pour voiler au ciel, ses deux hailles ; Nous les engluons follement Dedans les vanitez mortelles.

Ainsy du plumaige qu'il eust

Icare pervertit l'usaige ;

Il le reçut pour son salut

Et s'en servoit à son dommaige.

Bref de ses plus malins effectz Les fruictz naissant de noz semences.

Nous dissimulons ses biens faictz Et l'accusons de nos offenses.

Amour, tout enfent qu'on le croit, Est de ce grand monde le père ; Mais nostre âme est, en son endroict.

Ce qu'à son âme est la vipère.

Elle en cherche l'accouplement, D'une amoureuse impatience ; Et puis le tue ingratement.

En ayant eu la joyssance.

Mais luy, renaissant de sa mort.

Garde que l'esprit ne sommeille ; Car, à vray dire, une âme dort Si le feu d'amour ne l'esveille.

Sans luy n'auroit jamais esté Nulle chose belle estimée.

Car la plus parfaicte beaulté N'est belle que pour estre aymée.

S'il est petit, il fault blasmer De cela nostre seulle offence Qui, desdaignant le contre aymer, Gardons qu'il ne prenne accroissance.

Il faict, ou sa puissance a lieu, Changer l'amant en ce qu'il ayme ; Et quant il nous faict aymer Dieu, Il nous faict estre dieu nous mesme.

Il joinct, par sa divinité, L'âme et l'object qu'elle souhaite ; Il est la parfaicte amitié, Et Dieu est l'unité parfaicte.

C'est luy qui gouverne le bail De ceste grand' machine ronde, Tellement que, si c'est un mal, C'est un mal nécessaire au monde.

Il void bien clair, quoyque ses yeul.v Portent un voille qui les serre ; Noz cueurs sont ainsy veuz des dieux A travers ces voilles de terre.

Par luy les amantz absentez

Se peuvent voir de la pense'e ;

Il liet dedans les volontez :

N'est-ce pas mieulx voir que Lince'e.

Le regret qui nous vient saisir, Après l'heur de la joyssance, Vient de ce que nostre désir Précédoit nostre cognossance.

Il falloit juger puis aymer, Et nous avons faict au contraire ; Amour n'en est poinct à blasmer, Mais nostre désir téméraire.

Que sert doncq un mespris mocqueur Blasmer celuy qui tout surmonte ?

Qui se mocque de son vainqueur, Il accroist luy mesme sa honte.

Il rendroit le vice abattu, Si ce n'estoit nostre malice.

Amour de soy n'est que vertu ; Mais nostre abus en faict un vice.

Page 1