‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 74 sur 81 · RAILLERIE CONTRE UNE VIEILLE · texte numérisé non relu

RAILLERIE CONTRE UNE VIEILLE

Je veulx chanter icy les beautez d'une dame

Où il n'y en a poinct, Laquelle n'a jamais peu asservir mon âme

Par son maigre embonpoinct.

Je veulx chanter aussy l'or de sa tresse blonde

Où je me fusse espris, N'eust esté que j'ay faict un serment en ce monde.

De n'aymer poinct le gris.

Je veulx chanter ces yeulx que tout le monde admire- En les voyant si beaulx :

Ce sont des yeulx divins où l'amour prend la cire Pour faire ses flambeaux.

Je veulx chanter aussy ceste bouche riante

Où l'amour prend vigueur, Parce qu'en la baisant, elle est si odorante

Qu'elle faict mal au cueur.

Je veulx chanter aussy ce tétin qu'elle cache

Comme ung riche bulin ; Mais elle les a faietz comme ceulx d'une vache

Qu'on a traite au matin.

Je veulx chanter aussy ses belles dentz d'ivoyre,

Blanches comme le laict ; Mais si peu qu'elle en a, elles sont aussy noires

Que le noir le plus laid.

Je veulx chanter aussy ces deux arcs qu'elle porte,

L'ornement de ses yeulx ; Mais elle a le poil faict tout de la mesme sorte

Que les ours furieulx.

Je ne veulx chanter ces merveilles estranges,

De peur de m'eschauffer ; Si je descends plus bas, pour chanter ses louanges,

Je trouverav lenfert.

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