IV PREFACE
Nous trouvons à intervalles assez rapprochés, dans notre histoire littéraire, des exemples à l'appui, le plus souvent chez certains tempéraments de poètes doués d'une pléthore amoureuse, — d'une sorte d'inquiétude d'amour, — dont ils paraissent étouffer. Sensuels, voluptueux , coquets à l'extrême, ces mourants raffinés ne chantent que pour leurs maîtresses; ils se pâment à l'envi aux pieds de leurs divines, de leurs cruelles ou adorables amantes, et l'on perçoit que dans cette sensibilité agissante, assez constants pour ne pas être fidèles, toutes les femmes peuvent acquérirdu crédit sur leur cœur. La galanterie, qui est fille du désir de plaire, épand dans leurs œuvres mignardes une tendresse, une ardeur, une passion languissante et rhythmique qui captivent et bercent mollement le lecteur : aussi peut-on dire qu'ils sont les plus gracieux modèles de notre poésie française, — dans le sens littéral du mot, — lorsqu'ils ne tombent pas dans l'affectation en courant après l'esprit, ou dans l'afféterie en recherchant les subtilités et les finesses.
Mathieu de Montreuil fut, au XVIIe siècle, le parangon de ces aimables Soupirants d'office, de ces Galants fieffés, comme on disait alors; ses petites poésies légères et émues ne sont tissées que des bagatelles du cœur. On y trouve quelquefois du fade, de l'extravagant et du faux brillant; mais il y meurt si uniquement, il s'y laisse voir sous des dehors si sédui-