ALBERTINE
U£ j'aimais à te voir^ à l'attendre^ Albertine }
A te deviner^ seule ^ en écoutant tes pas !
Oh ! que j'aimais mon nom dans ta voix argentine !
Quand je vivrais toujours , je ne t'oublirais pas.
Gomme, après un temps triste^ une étoile imprévue
Jette sa lueur dans les cieux ,
Mon chagrin (j'en mourais ! ) semblait fuir à ta vue ^
£t mes yeux consolés ne quittaient plus tes yeux.
Tu chantais comme au temps où, petite et joyeuse, II. 4
Et sensible et rieuse ^ Tu caressais ta mère et m'entraînais aux champs ^ Pour chercher des oiseaux ^ pour imiter leurs chants. Oui y tu me rappelais ton enfance ingénue^ Cette grâce étrangère et du monde inconnue^ Cette candeur y soumise à qui peut la trahir ^ ^Qui s'étonne ^ qui tremble ^ et pleure sans haïr. D'où venais-tu , ma chère ? On t'aurait crue heureuse ; Le sourire toujours surmonta tes douleurs :
Quand ton sein se brisa dans une lutte af&euse , On ignorait encor qu'il était plein de pleurs.
AlbertinO; Albertine ! ô ma douce compagne !
Tes pas avant les miens se sont donc arrêtés! Tes cris qui m'appelaient, par l'écho répétés , Ne m'attireront plus à travers la campagne !
Oh ! que c'est mourir jeune ! un jour, ta faible voix (Elle devenait faible , et j'en étais troublée ),
Ta voix me dit: o Bientôt ^ pour la première fois ,
« 3€ ne guiderai plus ta course désolée :
m Tu viendras seule alors à notre reùdez-vous^
a Sous le saule qui pleure au tombeau de mon frère ;
« Et de même , et bientôt tu pleureras sur nous.
a Pour moi ^ près de Julien y il reste assez de terre :
« J'y songe tous les jours ; on est bien dans la mort.
« Ya^ le sommeil est doux quand il est sans remord. »
Et ta main^ du repos marquant l'étroit espace ^
Y jeta quelques fleura pour y garder ta place.
Est-il vrai qu'on est mieux dans la mort? es-tu bien ? Mais quoi y je parle seule 5 elle ne répond rien !
Et quand je retournai^ les fleurs étaient flétries ;
Et déjà d'autres fleurs ^ que nous avions noun4es^
Penchaient leur tête autour de son tombeau;
Des papillons planaient gaîmcnt sur elle;