II
Dans les rameaux couvait la tourterelle^ .
Et pour d'autres que moi le printemps était beau !
Eh quoi ! rien ne semblait manquer à la nature ! De rustiques enfans couraient dans la verdure De l'enclos dont l'aspect me faisait tressaillir : Enfans^ ils n'y voyaient que des fleurs à cueillir.
Et moi , quand dans la tombe on me fera descendre^ Des papillons légers voleront-ils sur moi?
Les' oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi? Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre ?... Seule au monde aujourd'hui , j'achève mon chemin. Quand mon cœur est gonflé d'amertume et d'alarmes , Tendre , tu ne viens plus le presser sous ta main^ Tu n'y viens plus verser de l'espoir ou des. larmes : Personne^ quand je suis assise tristement ^ Ne vient tout près ; tout bas^ m'appeler son amie ^
Ta seule ombre ^jépiant ma ^louleur endormie ^ Vient me consoler un moment.
Si je trouve^ en suivant quelque route isolée^ Un jeune arbre tombé sous ses premières fleurs ^ Je regarde en pitié sa tète échevelée :
Ce qui souffre , c'est toi qui m'arraches des pleurs.
Ainsi^ toujours aimante et déçue ^ ou trahie, Mes plus doux sentimens se fanent tour à tour ^
Et l'amitié coûte à ma vie
Autant de larmes que l'amour.
Mais je veux te pleurer, toi ! mais je veux entendre
Ta voix , la seule voix qui me fut toujours tendre ,
La seule qui n'a pu me reprocher mon sort,
Qui ne'trouva jamais d'accens que pour me plaiodre,.
Qui voulait m.' adoucir et ma vie et ta mort.
Et me parlait du ciel sans m'apprendre à le craindre ;
Qui m'a dit, presque éteinte au dernier entretien « AdieU ! je vais dormir du sommeil de Julien. »
Oui, tu dors î et l'enfant dont tu fus tant aimëe^ Et le pauvre, interdit à ta porte fermée, Tout s'an'êta pensif, tout pleura sur le seuil. Tout s'éloigna muet et partagea mon deuil.
Et Ton m'a demandé si de mon Albertine Le rapide destin fut un moment heureux; Hélas ! au souvenir de ta voix argentine,
J'ai puisé ce chant douloureux : '^
Humble fille de la nature.
Elle aimait la fleur sans cultqre , Qui naît et meurt au fond des bois :
Son ame , brûlante et craintive , Aimait Teau mobile et plaintive.
Qui répond aux plaintives voix.
E.LEGIES.
Comme l'impatiente abeille
Quitte une rose moins vermeille,
Emportant dans les airs son parfum précieux ,
Celte jeune Albertine, en silence éveillée ^
Quittant avant le aoir sa couroane effeuillée ,
Vient de s'en retourner aux cieux.
LA