‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 5 sur 86 · A M. JARS · texte numérisé non relu

A M. JARS

N avait couronné la vierge moissonneuse^ Le village à la ville était joint par des fleurs , La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs^ Et le vieillard riait d'une vendange heureuse.

Teut-à-coup le plaisir cessa ^ Gomme le feu follet qui s'éteint dès qu'il brille^

Et dans l'ombre un long cri glaça

îi8 ELEGIES.

Jusqu'au chant de la jeune fille, a Rendez^ rendes l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mète a tant pleuré !

« Elle n'a plus de voix pour sa douleur amére ; « Sa clameur s'est changée en un silence affreux. « L'enfant ue dira pas qu'il est hien malheureux ; « Il ne prononce encor que le nom de sa mère.

« Quoi \ pas une voix ne répond !

« Ne l'avez-vous pas vu jouer sur le rivage?

« Hélas ! le Rhône est si profond ,

« Et l'on est si faihle à cet âge !

« Rendez^ rendez l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

« Ses cheveux du hlë mur ont la douleur diorée^

« Ses yeux sont noirs et doux ^ ses dents croissent encor;

ËLëGIëS. uq.

ft Ses pas abandonnés a'ont qu'ua craintif essor , . « £t de blucts tantôt sa robe était parée.

« Vous pourrez le rencontrer nu, a Car souvent la misère a dépouillé l'enfance :

« Vous l'aurez bientôt reconnu,

« L'ange qui pleure sans défense !

« Rendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : tt Pour rappeler encor sa mère a tant pleuré ! »

Le vieux crieur se tut : de la morne assemblée Il attendit long-temps un mot , un seul... en vain. Les mères enchaînaient leurs enfans sur leur sein , Et de vagues frayeurs cette nuit fut troublée.

On dit qu'un mendiant passa, Couvert d'affreux lambeaux, à la marche furtive. Et qu'un jeune cri s'élança

3o ÉLÉGIES.

Dans Yaiv avec la voii plaintive :

« Reodez, rendez l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

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