A M. JARS
N avait couronné la vierge moissonneuse^ Le village à la ville était joint par des fleurs , La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs^ Et le vieillard riait d'une vendange heureuse.
Teut-à-coup le plaisir cessa ^ Gomme le feu follet qui s'éteint dès qu'il brille^
Et dans l'ombre un long cri glaça
îi8 ELEGIES.
Jusqu'au chant de la jeune fille, a Rendez^ rendes l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mète a tant pleuré !
« Elle n'a plus de voix pour sa douleur amére ; « Sa clameur s'est changée en un silence affreux. « L'enfant ue dira pas qu'il est hien malheureux ; « Il ne prononce encor que le nom de sa mère.
« Quoi \ pas une voix ne répond !
« Ne l'avez-vous pas vu jouer sur le rivage?
« Hélas ! le Rhône est si profond ,
« Et l'on est si faihle à cet âge !
« Rendez^ rendez l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »
« Ses cheveux du hlë mur ont la douleur diorée^
« Ses yeux sont noirs et doux ^ ses dents croissent encor;
ËLëGIëS. uq.
ft Ses pas abandonnés a'ont qu'ua craintif essor , . « £t de blucts tantôt sa robe était parée.
« Vous pourrez le rencontrer nu, a Car souvent la misère a dépouillé l'enfance :
« Vous l'aurez bientôt reconnu,
« L'ange qui pleure sans défense !
« Rendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : tt Pour rappeler encor sa mère a tant pleuré ! »
Le vieux crieur se tut : de la morne assemblée Il attendit long-temps un mot , un seul... en vain. Les mères enchaînaient leurs enfans sur leur sein , Et de vagues frayeurs cette nuit fut troublée.
On dit qu'un mendiant passa, Couvert d'affreux lambeaux, à la marche furtive. Et qu'un jeune cri s'élança
3o ÉLÉGIES.
Dans Yaiv avec la voii plaintive :
« Reodez, rendez l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »